Des mots sur des sentiments

La comédie des épousailles en a fait pour ses partisans un maternel substitut, prodigue, atttentif, grondeux et protecteur. Elle est la tante dont plus que les enfants goûtent de se faire aimer. Elle a du courage et de la faiblesse, de la sottise et de la droiture, un genre de foi de charbonnier qui voit partout à l’œuvre la lutte du bien et du mal, elle se précautionne et dénonce, interdit les gros mots et s’autorise les creux, se drape de candeur et interpelle les méchants, cajôle et morigène. Elle fait des tartes qu’on gobe jusqu’aux noyaux des prunes. 

Ils l’applaudissent encore d’avoir déroulé sans notes une demi-heure d’oraison frappée au coin des évidences des manuels d’instruction civique et des magazines de dames, comme ils avaient applaudi le lissé des montées et des pauses, la main tendue en métaphore florale sur une gorge puissante, et qu’à aucun moment elle n’eût achoppé dans ce miel sans grain. 

La cause de la normalisation sexuelle et du sacrement étatique attendait son organe ; elle le trouvait dans cette Junon prudhommesque et son timbre un peu aigre. Oui, c’était bien le mariage dont elle convainquait l’univers qu’il devait chapeauter les amours de traverse ; c’était sur le mariage qu’on légiférait, mais c’était l’amour seul qui le portait, et la portait, depuis le fond des âges et l’obscurité des sentiments brimés qui attendaient des mots qu’enfin un effort historique allait transfigurer en articles du code civil. La République convolait en hyménée civique, et il ne s’en fallut que du règlement de l’Assemblée qu’une couronne arc-en-ciel ne vînt à la tribune ceindre le front de Tant’Rita.

 

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 9 février, 2013 |Pas de Commentaires »

Chroniques de guerre

Est-ce un anniversaire, avez-vous commandé chez Carême une meringue ornementée de sucres ? Je vous le dis, vous êtes pâtissier.
Distrayez-vous en plus vos convives avec des joueurs de luth, la viole et le clavecin ? Sans doute, vous êtes musicien.
Et Batavio est général, puisqu’il a dépêché la troupe aux septentrions du Niger.

Si fait, et toutes les gazettes le disent, dont la plupart sur lui ont révisé leur jugement ;  le voilà l’égal de son prédécesseur et sa canonnade de Cyrénaïque qui l’avait étoilé jusqu’à la talonnette.

Est-ce bien le premier mérite de Batavio? Ne veut-on pas applaudir d’abord le politique, qui avait annoncé trois mois plus tôt à la tribune des Nations son refus que se perpétue la piraterie au Sahel ? Le diplomate, qui s’était ensuite gagné l’aval du dey d’Alger et autres soutiens utiles ?
On veut que le prince soit incapable de rien ou qu’il soit tout-puissant, hier engourdi, irrésolu, aujourd’hui impérieux et veillant jusqu’au lustre des sabres.

Ne serait-ce pas au jugement des journaux que la constance vient à manquer ?

Une charge à Paris

Il en va des conseillers comme de certaines feuilles à l’automne : d’être sans sève ne suffit à ce qu’ils tombent. Corlinasse se rend le matin à l’hôtel de ***, court saluer Larirette, ministre de la Réduction des mâles et icône du gouvernement, qu’occupe déjà Grossplan d’un téléphonage, ouvre son écritoire, rédige un touite, la referme, appelle un autre ministre qu’elle ne quitte que de deux heures au saut du lit, remet son sarrau, court à **** saluer une sienne amie qui y tient un cercle de potinage et dont c’est le jour, revient par les Galeries, où une réclame lui inspire un autre touitage, vengeur, contre les stéréotypes, qu’elle lance à la face du monde sitôt revenue à son bureau, avant de ressortir déjeuner. L’attend tantôt la rédaction d’une motion avec un aspirant du parti socialeux, dont elle se croit toujours la fonctionnaire.

Il y a l’Etat, et il y a les opinions. Corlinasse se dédommage des siennes par l’impôt.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 11 décembre, 2012 |Commentaires fermés

Vingt-cinq minutes

L’excès se doit pouvoir contenir, dans le différend de Grisdemeaux et Coquillon, s’il entre autant de probité chez l’un qu’il y a de caractère chez l’autre, avait pensé Palainjé, et il s’offrit en médiateur. Il n’était candidat à rien, il se jetait au premier rang. Or nul n’ignorait ses mérites, son nom commença d’être murmuré, un chœur discret de se former. Ce pudique ne voulait rien mais déjà suscitait de l’amour. 

L’ancien monarque fit donner Friquechèvre, pour rapppeler à l’Aquitain la précarité de sa mission ;  il excita Grisdemeaux à la faire échouer, contre promesse de sa préférence, lui qui avait d’abord réparti ses soutiens aux deux belligérants. Meure le parti, si Palainjé retourne à son exil.

Il y est rentré, puni de n’avoir voulu se défausser ; mais qui veut croire que puisse s’arrêter sur ce coup une rivalité de trente ans ?

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 26 novembre, 2012 |Commentaires fermés

Cravate

Cet homme-là n’est pas de ceux qu’on déteste, mais qui ferait cas de sa figure ? Tout l’esprit qu’il possède jamais ne s’y peint ; son propos n’est fort que de raisons d’expert qui lassent l’auditoire ; la tribune s’offre à lui plus souvent qu’à un évêque et il a l’élocution d’un marguillier ; son pas est sans allure, il se dit qu’on l’a vu trébucher ; son tempérament éprouve les mieux disposés et excite les brocards de ses ennemis : a-t-il seulement fait retendre les murs de son cabnet sans avoir consulté son majordome ?

Tout cela doit être vrai, puisque tout Paris le dit, et c’est à n’y rien comprendre si Batavio est président. Mais qu’on explique comment aucun de ses ministres n’a avancé d’un pas dans un dossier sans qu’on ait deviné que son décret lui avait été dicté du Palais. Qu’on dise comment ce rapport sur le négoce et les fabriques qu’il aurait été si imprudent de commander contenait les mesures qu’a annoncées Grossplan le lendemain de sa publication, si son commanditaire n’en avait été un peu l’inspirateur. De quoi ont l’air Grisdemeaux et Coquillon, et les gazettes qui depuis des semaines avec eux annonçaient que cet audacieux mémoire allait être remisé si tôt que publié ? 

Mais voici Batavio qui parle devant un parterrre de gazetiers. ils ont joué des coudes pour entendre cet homme ennuyeux, celui du Mercure comptable, celui de Fréquence Souk ou celle du Point-Virgule. Ils lui font mille questions auxquelles il répond en détail ; ils écriront tout à l’heure qu’il n’y a vraiment rien de saillant chez cet homme. Ils voient que la cravate est mal nouée, pas que le col est dur.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 13 novembre, 2012 |Commentaires fermés

Mariage pour tous

Voici Valère, qui s’enthousiasme qu’on ait servi ce projet de loi sur les épousailles d’un sexe avec lui-même, sans lequel démériterait le Progrès. Il hésitait encore hier, après quelque grand prêche qu’il avait ouï, qui donnait à voir pour la suite des temps de ténébreux négoces de progéniture.

D’autres graves docteurs férus de sciences morales ont achevé de le convaincre : le mariage ne sert plus tant à asseoir la filiation et l’éducation des générations nouvelles qu’à affirmer la « légitimité des couples ». Fiat lux.
Mais que n’aperçoit-il pas qu’en cela ce sacrement civil n’est point une liberté nouvelle, et, loin, que de la liberté il restreindra le champ ? Car quel peut bien être l’objet de cette « légitimité », une fois remisée l’éducation des enfants, sinon la seule sexualité des adultes ?

Oui Valère, défaites-vous de vos apprêts libertins. Le mariage pour tous est cela : une mesure de contrôle des sexualités, et, sans qu’il soit utile d’arborer la grimace puritaine de les nommer, de mise au ban du vagabondage amoureux, des étreintes furtives, appariements intermittents et liaisons parallèles. Il ne sert pas qu’à habiller les aspirations fiscales, successorales ou usufruitières d’une minorité néobourgeoise, ce couple coulé dans le bronze de la salle des mariages. Il est la parole sentencieuse de l’Etat, en ce qu’il prétend être toujours fondé à s’immiscer dans les alcôves.

Publié dans : Aile gauche, Observations | le 7 novembre, 2012 |Commentaires fermés

Extradition

Ce n’est pas le fait du ministre, si sa police livre un de ses compatriotes à une puissance étrangère en vertu d’une loi qui y a institué le délit d’opinion. A un juge de province revient seul d’en avoir décidé, lui ne l’a, vous dit-il, point fait exprès. Le voilà presque sur la pente de s’en repentir.

Or il  regarde du côté de l’opinion qui est toujours prêt à applaudir à une arrestation, le jauge, le tient pour balançant cet autre qui s’émeut sur les libertés publiques, à la fin précise sa pensée : il ne l’a point fait exprès, mais il s’en félicite. Est-ce à ce genre d’artifice, Samuelsmall, que vous devez d’être populaire ?

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 6 novembre, 2012 |Commentaires fermés

Petite fumée

La politique de prohibition qui a conduit à Marseille une brigade de police à suppléer des trafiquants méritait, semble-t-il, qu’on s’échinât, à droite et presque autant à gauche, sur un ministre atteint par le doute.

On nous peignait hier Catleon en jacobin rigoriste, pressé, depuis qu’il a la charge des écoles, de soumettre nos marmots à un austère catéchisme civique ; le revoilà un mois après en fauteur de débauche et de petite fumée ; on lui trouvera demain quelque accointance avec le Vieux de la Montagne.

Au gouvernement, Grossplan à le tancer se refait un prestige ; l’opposition réclame sa tête. Qui est-il ? Un homme qui se donne la liberté de penser ne revêt pas l’habit dont les sots le croient couvrir.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 16 octobre, 2012 |Commentaires fermés

Démarche (Succession VI)

Ni chapelles ni écuries, nous n’avons pas, se flatte Grisdemeaux, la même démarche que les socialeux.

La leur est sans doute excellente, mais quelle est-elle ? Va-t-elle l’amble ou le trot ? Tend-elle uniment vers son but, multiplie-t-elle les détours ? Les tambours rythment-ils son avancée, se chausse-t-elle de feutre ?

Pour départager Grisdemeaux et Coquillon, il se murmure que le parti boudrillonnesque organiserait une course de sacs.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 18 septembre, 2012 |Commentaires fermés

Guet-apens

Mille slogans aux lèvres et les lèvres en cœur, la ministre de la Guerre des sexes se croyait en son jardin à la Frairie des niveleurs, et loin de ses fonctions de porte-voix universel du gouvernement.

Des plébéiens peu respectueux les lui ont rappelées, griffant le maroquin de son beau portefeuille : ils voulaient plutôt qu’on leur parlât de leur porte-monnaie.

Foin de sinécures dorées, alors, pour Larirette : il lui fallut commencer à parler comme une grande personne.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 16 septembre, 2012 |Commentaires fermés
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