Epitaphe

Il n’est pas commun de faire le sacrifice de sa vie devant l’autel. Il n’est pas utile de commenter la mort d’un adversaire dont on découvre l’existence et le nom quand il passe. Il est au-dessus des forces de Caralème de n’être point sot.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 22 mai, 2013 |Commentaires fermés

Fracture morale

Le vulgaire est fondé à salir comme le prestolet de bénir. De s’être pénétré, avec la sotte lucarne, de l’avantage qu’on a de se draper d’indignation devant la faiblesse des grands et de leurs aspirants, il se tiendrait comme quitte avec la vertu, si le culte dont il l’entoure ne le portait en sus à s’en faire le porte-voix. 

Plût à la république de valoir mieux qu’un tel défenseur ! Penche-t-il du côté droit, il calomnie à gauche ; verse-t-il à gauche, il compisse à sa droite. Pénélotte fait un faux pas, manque de se rompre la nuque, réchappe au prix de deux vertèbres ; un parterre s’en amuse, la moque, s’éjouit, s’échange des billets. Que s’en priverait-il ; n’est-ce pas Pénélotte dont la nature est de bouillir de haine, n’est-ce pas elle, qui parle pour la populace

Ils ont raison, tant qu’eussent-ils eux-mêmes trébuché sur le bord, il n’est point de piscine dont ils auraient touché le fond.

Publié dans : Observations | le 21 mai, 2013 |Commentaires fermés

Question sous le Front

Qui sommes-nous ? répète-t-elle devant une claque incertaine, et à chaque couplet la réponse se perd en métaphores et en rumeur, et la question demeure, inentamée.

Pénélotte se le demande : qui est-elle ?

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations | le 1 mai, 2013 |Commentaires fermés

Faiblesse de médecin et legs de ministre

On nous parle de son mensonge et de la moralisation qui s’impose aux mœurs de la cour, bravo, je l’entends, et les caisses de l’Etat excitent notre compassion.

Mais Arpagnac n’a-t-il point en partage l’art de Galien ; qui songe aux effets qu’y aura laissés sa vénalité ? Cuisants ou nuls, qui le sait ?

Et combien sont les anciens et les futurs ministres, dignitaires missionnés, titulaires de charges honorifiques, plénipotentiaires de hautes autorités et de fondations d’utilité publique que la fabrique apothicaire, autant que d’Arpagnac, a jugé expédient de stipendier ? Quelles enquêtes pipées auront été diligentées à grand tapage, combien de menteries accréditées, de philtres incertains, de spécifiques dévoyés, de viles décoctions vendues au prix de charmes ?

Naguère un droguiste du Nouveau Monde conquerrait le Vieux en jurant d’avoir réuni les atomes qui vainquent la mélancolie ; Paris s’en fit une mode et n’en point voulut démordre lorsqu’il se susurra que la dragée inclinait au suicide. Il fit école. D’autres découvrirent que l’herbe à Nicot portait ombrage à leurs potions pour soutenir l’âme, qu’ils voulaient voir gober par la terre entière, ils financèrent à grands frais l’invention du tabagisme apathique et firent crouler sous les strychnines les rayons d’officines ; d’autres encore virent dans une cure du diabète un artifice propre à délarder les fesses des baigneuses, dont certaines bel et bien sont mortes ; il suffit de franchir le Rhin ou de passer le Mont-Cenis pour ne plus trouver un esculape en caprice de prescrire contre le souffle au cœur de cette pilule dont s’entichent depuis quarante ans nos rusés cardiologues…

On raconte qu’Arpagnac comptait tant d’argent noir qu’il implantait de cheveux jais. Montaigne l’eût moins blâmé de cette chirurgie de bal que s’il eût soigné le nervosisme avec des sucs d’aspic. D’autres que lui dans les palais, nantis ou non de cassettes sous les palmiers, se font les dupes complaisantes de Fleurants et de Léandres.

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse | le 18 avril, 2013 |Commentaires fermés

Abus de faiblesse

Crésidèle a cent ans depuis des années, des héritiers qui regardent leur montre, une fortune qu’on admire jusqu’en Chine, la fait ici haïr du peuple, et dans la société rechercher par plus d’amis qu’elle n’a loisir d’en recevoir. Il en vient de Province, il en vient de Paris – si de Passy plus que de Saint-Antoine – qui la flattent, la cajolent, louent son esprit et sa sagacité, enfin lui suggèrent des placements dont ils jurent de doubler la rente en trois jours.

D’autres encore la distraient de sa succession par l’entretien des affaires de la république, des efforts du grand intendant pour contenir l’impôt, et du prix dont cela se paie au Parlement : qui croit que Florius se pourra maintenir s’il n’emporte une mairie ? Qu’adviendra-t-il, sans un département, de l’influence de Latrique ? Ne faut-il pas achever de convaincre le parti de pousser Gubermacht à la Région ?

Ces débours mesurés honorent la puissance de Crésidèle et font aux passants de son salon de précieux viatiques, dont jamais nul ne s’était inquiété qu’on les lui pût avoir extorqués, avant que les ennemis du Boudrillon ne s’emparassent d’une visite qu’il lui avait faite. Détestée pour ce qu’elle était riche, il ne fallut plus long pour que Crésidèle devînt la victime candide de sombres manigances. Le privilège du sexe, avec celui de l’âge, attesta l’innocence abusée.

Car ce n’est pas tant la négligence des lois sur la sincérité des comptes de campagnes qu’un genre d’odieux attentat qui est reproché à l’ancien prince, au temps où il aspirait encore à devenir le nouveau. Se le figure-t-on retournant le matelas de la vieille héritière, élargissant les mailles de son réticule pour y chercher un porte-feuille, distrayant son attention d’une grimace pour tirer sa cassette d’un tiroir, lui chatouillant le pied jusqu’à lui faire signer une lettre de change ?

Il est demandé de le croire. L’opinion trépigne, des chefs s’excitent, le barreau branle, l’hermine se hérisse, et Crésidèle se gausse. C’est sagesse de mépriser l’argent dont on manque, mais sottise de tenir ceux qui en sont pourvus pour des bêtes sur leurs intérêts, seulement parce qu’ils auront montré au public un visage pitoyable.  

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse, Observations | le 28 mars, 2013 |Commentaires fermés

Jurisprudence

Vous accuse-t-on, que le coup ait fondement ou que l’inspire la jalousie, qu’il soit sagace ou calomnieux, il vous faut vous démettre de tout pour vaquer à votre défense. L’innocence présumée se trouve bien à son avantage, de proclamer qu’elle a besoin de trimer à plein temps pour s’établir. 

C’est, entend-on, qu’il y a depuis vingt ans dans les gouvernements une règle officieuse qui exige qu’on se démette. 

On demande ce que gagne la république à jeter nu, devant un juge peut-être affilié, et devant l’opinion toujours hagarde, un homme dont on ne s’est pas même encore déshabitué à louer la valeur.

Ce n’est pas au gazetier qui a fait tomber d’Arpagnac, tout fier d’une enquête plus redevable à la délation qu’à ses talents, qu’il le faut pourtant objecter ; celui-là n’a fait que pousser son petit bonhomme d’ouvrage. 

C’est au prince faible devant l’opinion, qu’absout mal la faiblesse de ses prédécesseurs, qu’on demande à quoi rime cette coutume qui voudrait qu’un gouvernement ne parût jamais réunir que d’impeccables paroissiens, et qu’il pût y avoir nulle part de ces gens qui sont au-dessus de tout soupçon.

Car nous voyons partout que le soupçon est l’ordinaire dont il faut que s’accommodent tant les ministres que ces messieurs du Parlement. On peut le déplorer, y voir un prix trop haut à la liberté des gazettes ; on peut dire ce qu’on veut ; mais si chacun est soupçonnable, d’avance soupçonné, on ne peut dire qu’il vaut soudain moins qu’un autre du seul fait qu’on l’attaque.

N’appelons pas « jurisprudence » l’imitation étourdie de Premiers ministres passés qui ont manqué de jugement. 

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations | le 21 mars, 2013 |Commentaires fermés

Imprécateur au crépuscule

Depuis vingt ans, Anthelme le va répétant, les idéologies sont mortes, mais il en flaire partout des composants dont la mixtion nous promet quelque mal incurable, qu’il dénonce et ne sait plus nommer.

Hier l’Italie s’entiche d’un sévère buffone, il chausse de graves lunettes, s’invite sur les plateaux avec un manuel d’histoire, jure que les extrêmes droite et gauche mélangées font la pire potion, évoque les années terribles.

Trépasse huit jours après un carillonnant caudillo, Anthelme encore agite sa chronique : ce n’était qu’un autre bufón, un tyran trop élu, qui flattait le peuple et cherchait trop la compagnie des ennemis de ceux qui avaient juré sa perte, un peu de ci, mais un peu de cela ; il restait encore à sa mort à en dénoncer les dupes.

Anthelme est bon oracle, et la quinzaine a été faste. Que sera la prochaine ? Il rentre chez lui, allume le poste, caresse la reliure des livres de Revel. L’ennemi lui manque, il veut se battre, il est vieux.

Publié dans : Aile droite, Observations | le 10 mars, 2013 |Pas de Commentaires »

Des mots sur des sentiments

La comédie des épousailles en a fait pour ses partisans un maternel substitut, prodigue, atttentif, grondeux et protecteur. Elle est la tante dont plus que les enfants goûtent de se faire aimer. Elle a du courage et de la faiblesse, de la sottise et de la droiture, un genre de foi de charbonnier qui voit partout à l’œuvre la lutte du bien et du mal, elle se précautionne et dénonce, interdit les gros mots et s’autorise les creux, se drape de candeur et interpelle les méchants, cajôle et morigène. Elle fait des tartes qu’on gobe jusqu’aux noyaux des prunes. 

Ils l’applaudissent encore d’avoir déroulé sans notes une demi-heure d’oraison frappée au coin des évidences des manuels d’instruction civique et des magazines de dames, comme ils avaient applaudi le lissé des montées et des pauses, la main tendue en métaphore florale sur une gorge puissante, et qu’à aucun moment elle n’eût achoppé dans ce miel sans grain. 

La cause de la normalisation sexuelle et du sacrement étatique attendait son organe ; elle le trouvait dans cette Junon prudhommesque et son timbre un peu aigre. Oui, c’était bien le mariage dont elle convainquait l’univers qu’il devait chapeauter les amours de traverse ; c’était sur le mariage qu’on légiférait, mais c’était l’amour seul qui le portait, et la portait, depuis le fond des âges et l’obscurité des sentiments brimés qui attendaient des mots qu’enfin un effort historique allait transfigurer en articles du code civil. La République convolait en hyménée civique, et il ne s’en fallut que du règlement de l’Assemblée qu’une couronne arc-en-ciel ne vînt à la tribune ceindre le front de Tant’Rita.

 

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 9 février, 2013 |Pas de Commentaires »

Chroniques de guerre

Est-ce un anniversaire, avez-vous commandé chez Carême une meringue ornementée de sucres ? Je vous le dis, vous êtes pâtissier.
Distrayez-vous en plus vos convives avec des joueurs de luth, la viole et le clavecin ? Sans doute, vous êtes musicien.
Et Batavio est général, puisqu’il a dépêché la troupe aux septentrions du Niger.

Si fait, et toutes les gazettes le disent, dont la plupart sur lui ont révisé leur jugement ;  le voilà l’égal de son prédécesseur et sa canonnade de Cyrénaïque qui l’avait étoilé jusqu’à la talonnette.

Est-ce bien le premier mérite de Batavio? Ne veut-on pas applaudir d’abord le politique, qui avait annoncé trois mois plus tôt à la tribune des Nations son refus que se perpétue la piraterie au Sahel ? Le diplomate, qui s’était ensuite gagné l’aval du dey d’Alger et autres soutiens utiles ?
On veut que le prince soit incapable de rien ou qu’il soit tout-puissant, hier engourdi, irrésolu, aujourd’hui impérieux et veillant jusqu’au lustre des sabres.

Ne serait-ce pas au jugement des journaux que la constance vient à manquer ?

Une charge à Paris

Il en va des conseillers comme de certaines feuilles à l’automne : d’être sans sève ne suffit à ce qu’ils tombent. Corlinasse se rend le matin à l’hôtel de ***, court saluer Larirette, ministre de la Réduction des mâles et icône du gouvernement, qu’occupe déjà Grossplan d’un téléphonage, ouvre son écritoire, rédige un touite, la referme, appelle un autre ministre qu’elle ne quitte que de deux heures au saut du lit, remet son sarrau, court à **** saluer une sienne amie qui y tient un cercle de potinage et dont c’est le jour, revient par les Galeries, où une réclame lui inspire un autre touitage, vengeur, contre les stéréotypes, qu’elle lance à la face du monde sitôt revenue à son bureau, avant de ressortir déjeuner. L’attend tantôt la rédaction d’une motion avec un aspirant du parti socialeux, dont elle se croit toujours la fonctionnaire.

Il y a l’Etat, et il y a les opinions. Corlinasse se dédommage des siennes par l’impôt.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 11 décembre, 2012 |Commentaires fermés
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