Les affligés

Tel est le dernier chic du banc gauche de se faire gloire d’avoir à porter le poids du monde qu’on s’attend à y voir paraître, après l’émouvant cortège des « économistes atterrés » et la troupe pitoyable des « socialistes affligés », quelque chose comme le monôme des instituteurs consternés ou la phalange des féministes accablées, qui tous autant nous serreront le cœur. 

Et que l’on y espère voir assez tôt rejoindre du banc droit, où ne doivent pas manquer, des quadrilles de libéraux abattus et des cohortes de conservateurs anéantis, parmi des escadrons de pharmaciens et de notaires tétanisés.

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Observations | le 23 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Pénibilité

Crispin depuis vingt ans foule les tuiles et court sur les faîtages ; il y a fait sa maigre fortune et emploie deux aides. Un journal lui apprend que la tâche est pénible, et l’est de par la loi ; un préfet bientôt le redit, bientôt un inspecteur.

Il n’en disconvient pas.

Mais il faut, lui disent successivement ces puissances, que vous calculassiez le temps que vos arpètes passent dans les hauteurs.

Comment faire ce compte ? Rien de plus simple, et une liasse épaisse dégueule du portefeuille que le visiteur de Crispin presse sous des manches amidonnées, tout est là noté : c’est l’étude diligentée par le comité de la branche, où il apparoît sans conteste que le ciel est près d’être touché à partir du septième barreau de l’échelle, qu’il faut par semaine trois heures de station à ces hauteurs pour que la quantité en soit commensurable, sous la restriction de ne pas dépasser trente heures. 

Crispin n’y entend rien, met un aide tout un mois sur la touche pour payer un comptable qui l’enfume et le vole, reprend l’aide, jette la liasse au vent, avec l’étude, le préfet et le comité.

Si haut qu’il grimpera ou ne grimpera plus, celui-là va longtemps cotiser au plafond.

Publié dans : Observations | le 23 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Amère couleur

 Frator passe dans tout Paris pour raciste. On lui découvre une maîtresse du plus beau jais, et riche, et nantie de gloriole et qui ne lui doit rien ; est-il absout ?

Que non, car ayant essuyé son congé il aurait eu avec elle des mots lourds de son vieux préjugé.

Voilà ses ennemis rassurés ; mais Frator eût-il été plus innocent s’il avait dit à la belle d’emblée : « Mademoiselle, eu égard à votre couleur, j’exclus qu’il y ait quoi que ce soit entre nous » ?

 

Publié dans : Aile droite, Observations | le 24 novembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Frissons d’émeute

C’est merveille que ce renvoi d’échos du banc gauche au banc droit.

Dimanche nous arrête au marché Senestre, chargée de follicules, qui nous veut faire pétitionner, dit-elle, pour couler dans la loi le caprice de la rue qui révoquera les élus. Pense-t-elle au Prince tout du bon, ou à l’adjoint aux sports de son faubourg, c’est égal.

Et vient mardi, et avec lui le temps des cérémonies de novembre, où ce même prince que toutes les étoiles semblent  conspuer va honorer les morts. Passe un aéronef au-dessus des anciens charniers de la terrible guerre qui tire un calicot appelant à sa démission. Et l’on voit Destrule se lever pour applaudir au mémorial compissé.

Quelle guêpe a piqué du même dard Senestre et Destrule ? Ou c’est quelque belle histoire de jacquerie qu’ils se seront racontée et dont ils se seront crus les héros.

Salle de shoot

Marmitus jure qu’il est sans prévention devant la loi de tolérance de salles d’inoculation pour héroïnomanes, et que son refus doit tout au défaut de preuve qu’elles soient de bon profit à l’hygiène publique. Dame ! La preuve n’en sera-t-elle pas faite seulement, ou écartée, après qu’on les aura essayées ?

Mais ce n’est pas son jugement dont il faut déplorer le plus la précarité ; et qu’il ait garde de se voir traiter en chien.

Car sa collègue Lamorta, rapporteuse de la même loi, s’est tant pénétrée de la foi que ses piquodromes sauveront les malheureux de la rue et la rue des malheureux, qu’elle tient que nul n’en peut rien contester sans se ranger au ban du genre humain.

Ainsi va le débat parlementaire. Un myope prétend qu’il n’y a rien à voir, et une illuminée qu’on ne tolère plus l’ombre.

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse | le 15 octobre, 2014 |Pas de Commentaires »

À la barre

On demande trop à la justice des hommes, et ce n’est pas dire qu’il ne faut pas qu’elle passe. Un procès s’ouvre pour mille maisons balayées par la vague et que l’État a fait raser. Quatre ans après le déchaînement des cieux sous un nom d’Artemis, les affligés témoignent d’un conjoint emporté dans les boues, de l’amertume d’en avoir réchappé, des souvenirs d’une vie qui n’ont plus rien où se poser. Et le Journal de 8 heures déroule l’air des parties civiles qui n’ont pas de haine dans le cœur mais demandent la vérité

Or qui ne voit l’artifice de cette rhétorique ajustée, et qu’à côté d’une équanimité admirable s’entretient une quête bien vaine ; que le procès ne livrera jamais la vérité ; que les seules vérités solides qu’ils y peuvent caresser sont que l’eau coule, que le vent soulève les mers et que les prés inondables sont un jour inondés ; qu’à percer les égarements et les impairs, les bévues et les corruptions, dans le codex des plans d’urbanisme et des permis de construire, s’établiront seulement des points de circonstance propres à nourrir des imputations pénales ; qu’eussent-ils nourri quelque haine, elle se fût un peu assouvie dans la dénonciation des effrontés et des fripouilles ; mais que d’en avoir pas deux onces, il ne leur faut espérer nulle vérité consolatrice, qu’il n’y a que la peine et la douleur immense.

Publié dans : Observations | le 12 octobre, 2014 |Pas de Commentaires »

Vers l’ambassade

Voilà qu’on nous tire de notre sieste avec force gestes et mines triomphales : « Réveillez-vous, réveillez-vous de ce sommeil ! Ah ! vous ne m’en croyiez pas ! Eh bien ! Allez voir par vous même qui se presse à la barrière de la Muette et y crie à l’ambassadeur son mécontentement devant l’invasion de l’Hetmanat de Kiev ! Regardez donc : il en vient des plus divers bords, amis de Batavio comme de Boudrillon, de Pénélotte aussi nombreux que de Lambuche, instituteurs, bateleurs, pharmaciens, kéfiés et carrés Mercure, équerres et croissants, croix de toutes mesures ! 

« Que croyiez-vous ? Que la foule indignée aurait battu dix fois le pavé il y a un mois contre la Synagogue et son coup de canon en Canaan, dont elle savait bien qu’il ne visait à nulle annexion, et qu’elle ne se lèverait pas contre les griffes de cet Ours et le dépeçage d’un pays pour un siècle ? Soyez-en sûr : son indignation sera proportionnée à la durée de l’outrage ! »

Ainsi désabusé, repentant de nos préjugés, nous partîmes bientôt ajouter nos pas à ceux de ce peuple qu’un sentiment inné de la justice avait jeté sur le boulevard de Lannes.

Publié dans : Observations | le 2 septembre, 2014 |Commentaires fermés

Remaniement

Que ce remaniement est amusante comédie, qui ne s’en apercevra ?

Mais qui pour remplacer Arnould à l’Economie ? Eh bien ! cherchez la femme.

Car s’il reste à Batavio, dans ces soubresauts, assez de sens politique, il se fera réflexion que ce côté gauche qui l’a porté, et s’en repent, dont il n’est pourtant pas un produit des moins purs, et qui n’a plus rien à faire valoir d’original dans les affaires du marché ou de la fabrique (ni même plus dans les folies des mœurs, depuis le mariage inverti), a pour seul carburant la douce complainte de la position qu’ont ces dames en ville.

Or qui ne voit qu’une personne du Sexe à Bercy, faute pour quiconque de l’oser attaquer, lui vaudrait six mois de paix, autant dire une éternité ?

Ni qu’elle lui donnerait l’aisance, pour déférer à la paritude à laquelle il croit autant qu’à une divinité mongole, mais qu’il s’est si imprudemment engagé à vénérer, de placer au ministère des Préaux (lâché avec une grosse habileté par Monbenêtquelque barbu à blouse grise, dont au moins il est sûr depuis quatre congrès, tant il paraît qu’une jacquerie en  salle des professeurs est la dernière facétie que pourrait affronter sa santé vacillante. 

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 25 août, 2014 |Commentaires fermés

Holocauste

On la dirait d’abord candide, cette opinion publique, qui sans trop y gager cherche encore à se passionner pour la chose politique.

Quand vient le temps, elle envoie dans les assemblées autant de députés qui sinon par le sexe ne diffèrent qu’à peine pour le tempérament, brassent depuis cinquante ans les mêmes idées honnêtes, récitent les mêmes leçons apprises des mêmes maîtres, cèdent à l’occasion aux mêmes tentations des mêmes péculats, et que tenaille la même volonté de se tenir au plus près du peuple, ou comme ils disent de la vraie vie, dont ils parlent par là comme s’ils s’en exceptaient.

Entre deux de ces élections qui impriment à la morne rumeur de la cité une pulsation molle, en commentaires narquois sur les réseaux l’opinion se répand : elle y bouillonne, grenouille, interpelle, invective, confond, oublie.

Nous voilà au plus creux des cycles électifs et les gazettes trouvent à vendre du papier en simulant la prochaine grande joute. Qui l’achète ? Certains, vous, moi sinon. Qui le lit ? Tout le monde. L’opinion s’ennuie, elle adore.

Elle rêve aujourd’hui de se débarrasser de Batavio comme hier de Boudrillon dont il fut l’adversaire. Or le nom de son successeur l’intéresse autant qu’il en faut accoler un à un personnage pour ne pas s’emmêler dans le déroulement d’une pièce ; son élection n’est pas l’enjeu, moins encore son succès.

Compte seul d’immoler le régnant. Alors pardon ! voilà une autre affaire. Qu’on scrute bien l’élection du Prince : on n’y verra que sacrifice, répétition grimée de quelque rite cannibale. Elle n’est pas si candide, l’opinion de notre vieux pays, ou sauvage à proportion.

Publié dans : Observations | le 14 août, 2014 |Pas de Commentaires »

Linge

Le maire de *** s’est effrayé de culottes qui sèchent. D’un arrêté, il les refoule des balcons. Les voilà, toutes chemises et serviettes, vers l’intérieur des logis, où moisisent déjà le soir les jeunes esprits qu’un autre arrêté de sa main a consignés devant la télévision. Tant ce sont choses dégoutantes que linge qui pendouille et morveux par les rues.

J’ai fait mon devoir de maire de ***, dit-il – et dans son regard de tekel luit un éclat de fierté –, en libérant la rue de ces désordres et ces déballages privés.

Sans doute, Mouflard, et vous avez déjà un autre arrêté dans la manche : ces gens ne prennent-ils pas trop d’aise avec l’espace public, ont-ils un titre pour y déambuler ? Une concession dont ils se peuvent prévaloir ? La République vous éclaire de son vieux candélabre : la rue appartient à ceux qui détiennent une fonction publique.

Quelque blessure ancienne qu’il n’aura su panser sur un divan a conformé Mouflard. Une répugnance au dedans qui s’exhibe, la peur de se voir nu dans le négligé des autres, l’angoisse de l’intime, et la terreur de l’empire féminin, cet empire dont la marmaille égaillée et fugueuse étire les frontières et dont le linge frais lavé évoque d’autres chaleurs humides. Une terreur de maigre garçon, mal grandi, qui se défausse des malfaçons du monde dans le giron premier.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 21 mai, 2014 |Commentaires fermés
123456...15

Langue de bois |
La Feuille Moissagaise |
Les Jeunes CDH Verviétois |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | palabre
| Services d’intérêt économiq...
| Le Blog-Notes d'Yves Baumul...