Tolérance zéro

La fable des cinq cents millions que le saut de portillon coûterait aux transports publics sert depuis trois mois d’antienne à Pécrassine, dans la course à l’élection régionale. Obliger l’usager de la malle urbaine à se munir des preuves de son état-civil ?

Grobertru, Hystrézi et quelques autres ennemis de la liberté qui siègent sur le banc droit se sont offerts à porter l’idée avec elle, et le banc gauche la fera sienne demain, en jurant qu’il lui en substitue une autre.

Or pourquoi ne pas exiger en plus du suspect un acte complet de moins de trois mois, la preuve de la religion de ses pères ou un certificat d’aryanité ?

Pécrassine au moins échappera à ces obligations ; elle aura après la campagne une voiture de fonction.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 22 août, 2015 |Pas de Commentaires »

Demande d’asile (@Elysee )

Nous ne vous reprocherons pas, Monsieur le Président, de visiter M. Biya, M. Santos, ou tout autre satrape que vous voudrez et que la diplomatie commande de voir, mais nous ne nous défâcherons pas de votre rejet de la demande d’asile de M. Assange, parce qu’elle entache l’honneur de notre pays.

Ah ! Et ne nous dites pas qu’il ne peut y prétendre n’étant que poursuivi par la justice de démocraties exemplaires, alors que sont notoires les méthodes sinon tant les services qui l’ont attiré dans le piège où vous le repoussez. Nous avons soupé déjà de ces lâches défausses.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 3 juillet, 2015 |Pas de Commentaires »

Loi scélérate

« N’est-ce pas aujourd’hui que ces Messieurs du Parlement vont donner aux gens d’armes pouvoir de surveiller les mots et les gestes de tout un chacun et son for intérieur ?
– Ah ! Vous vous inquiéteriez de cette forfaiture ? Seriez-vous de ceux qui ont tout à cacher ?
– Dame ! Les endroits écartés où d’être homme d’honneur… Et je n’y classe point, pour ma part, les parvis où s’agitent les sergents recruteurs de la guerre sainte.
– Croyiez-vous donc que le mahométisme occupera seul les mouches de la police ? Baderne ! Défiez-vous autant des sites libertins où vous pourrait conduire une humeur trop badine…
– Monsieur !
– Tout doux ! Foin de façons…
– Soit. Eh bien, ces connexions légères, la même loi scélérate les voudrait-elle pendables ?
– Nenni, cette loi point, mais celle que les mêmes parlementaires ont adoptée le douze du mois. Ne met-elle point à l’amende les pratiques du demi-monde, si que derrière chaque annonce qui sent sa gaudriole la maréchaussée devinera à sa convenance le bidet et le rideau rouge, le souk aux hétaïres et les mocassins bicolores ? Et qu’il n’est pas besoin que la transaction soit consommée pour que soit constitué le contrevenant de cinquième classe ?
– Mordiou ! Vous m’effrayez. Ne ferions-nous pas mieux de nous faire mahométans ? »

Fou du roi

Quand la foule est souveraine, la plus digne mission dont les gens d’esprit se puissent revêtir n’est-elle pas celle de fous d’une cour aussi capricieuse qu’étendue ? De manier le paradoxe tant que l’hétérodoxe, de procéder du contrepoint, de tourner le sérieux en farce et de fronder le ricanement par le tragique ?

Peu de nos clercs s’y osent. Trop y préfèrent la posture de l’anticorrection, qui consiste pour le banc droit à se croire oppressé par le gauche, ou de la rébellion en chaise, par quoi le banc gauche prête toute puissance au droit.

Ceux-là sont tous gens de parti plus que d’esprit ; ils ne sont pas assez libres, de ce qu’ils ne sont pas assez fous.

Publié dans : Observations | le 6 mai, 2015 |Commentaires fermés

Mise à mort

On faisait grief à Johantur, qui fut syndic en la ville de Martin, n’y fit guère plus fortune et s’évita d’être jamais ministre, d’un trafic de sacrements civils. 

Qu’était-ce là de si lourd, qui ne pèse pas le quart de ce dont se relevèrent des Palainjé, des Ricorvet et des Gambaze ?

Il s’est vidé dedans la bouche le fût de sa canardière, et l’on le portera demain en terre. 

Le petit matin blème d’un ministre calomnié au temps d’un vieux prince sourd de la mémoire pour éclairer les oraisons. Et l’on ne songe pas aux ressources où puisa naguère Estradius, pour rétablir sa réputation et survivre trente ans au ragot d’avoir comploté à empoisonner des malades.

Contre l’outrage, lui et d’autres brandirent avec succès la foi de l’innocence ; d’autres ne daignent pas honorer leurs accusateurs d’un regard.

C’est qu’il avait à se reprocher, entend-on, s’il se tue ! 

Il faut à la foule vengeresse des raisons simples, qui la justifient de sa soif de meurtres.

Pénélotte et Papa

Un journal du banc gauche fait sa une sur les déchirements d’un père et de sa fille ; il s’en délecte, pourquoi pas, la presse est bien libre d’opposer les générations et de convoquer les Atrides.

Seulement il se trompe, quand il présume que la publicité de leur différend nuira à la prospérité de leur entreprise. Ce n’est pas tant que de celle-ci les clients eux aussi se délectent, que de ce que, dedans elle, voilà isolé ce qui la rendait infréquentable aux autres, et que ce n’est plus elle entière qui leur répugnera.

Un père se sacrifie à porter seul le Mistigri, il mérite bien de l’amour de sa fille.

Dans le doute…

Il était donc question d’alléger le fardeau de l’impôt en ôtant au millefeuille des parlements de province et des diètes urbaines une couche de pâte. 

Le nom de l’une en a changé, la taille des circonscriptions en est haussée et le nombre de conseillers réduit. On les va faire élire par binômes de sexes, pour qu’aucune tête ne dépasse, dût la pantalonnade de ce mariage obligatoire au contraire de l’autre exclure les couples de bougres ou bougresses.

Ces dames et messieurs du Parlement par la nouvelle loi auront bien travaillé ; le département vaquera à nouveaux frais à sa lourde tâche : distribuer des places et des charges ; disputer avec la ville et la région le financement d’un kilomètre de pavé ; repeindre le collège jusqu’à la porte du lycée ; interpréter les critères d’octroi du revenu des indigents – pour qu’il s’en trouve autant de lectures en France qu’il y en a chez les préfets sur l’asile des réfugiés –, et étendre cette herméneutique à l’édiction du taux d’impotence des vieillards reclus près de leur poêle et dont nul conseiller jamais ne fait tinter la sonnette de l’huis.

On se plaignait de ce que le populaire se faisait trop rare sous les préaux pour l’office civique, voilà la potion pour l’aiguillonner. 

Et le doute nous prend à en repasser la recette ; décidément, nous aurons ce dimanche quelque autre affaire en route que la carrière de ces gonines et gonins en doublets.

Publié dans : Barons félons, Observations | le 21 mars, 2015 |Pas de Commentaires »

Le bel Hélène

Hier boudé, voilà Kokinos reçu. Son triomphe domestique le précède Rue Saint-Honoré, sa réputation est déjà plus d’un dirigeant habile que d’un démagogue qu’on avait feint trois ans de ne pas voir.

Batavio s’y doit bien résoudre : Kokinos a tout pour lui, il est jeune, porte beau, plaît aux dames, effarouche les jocrisses et sait cajôler ses critiques, les malheurs de son peuple l’auréolent de grâce, la rive gauche se l’arrache.

Et ce n’est pas seulement qu’il a plus ébranlé en huit jours que Batavio en trois ans la superbe des pontifes de Bruxelles, des hiérodules de Francfort et des croupiers de Manhattan ; il faut encore qu’il l’emporte sur lui en fermeté par la résolution de sa chemise ouverte, où Batavio ne sait dompter les errements de sa cravate.

Lui en offre-t-on une, il jure de ne la pas nouer que l’Attique ne soit rétablie dans son honneur. Il promène en Europe un beau soleil d’hiver.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 4 février, 2015 |Pas de Commentaires »

Invitation

On demande depuis quand les partis ont la haute main sur la république. Il y a défilé dimanche auquel le peuple est assez grand, en plus d’être assez révolté et meurtri, pour s’inviter tout seul, sans que les écuries électorales jouent les marraines au bal des débutantes.

Songeons que les partis qui concourent à l’expression du suffrage ne sont qu’un aspect de la liberté qu’on voudra en marchant défendre tout d’une pièce ; que les gazettes en sont un autre, et ici plus qualifié qu’eux, ce semble ; qu’ils n’ont vocation à n’être ni invitants ni invités, que seuls en ont les citoyens, et qu’ils l’ont d’être l’un et l’autre.

Mais que s’ils ne peuvent réprimer la vanité de se monter le col ils aient garde d’exclure l’un d’eux, inter pares. Si la ligne de la barbarie doit passer parmi eux, on demande où est celle qui oppose la république aux tueurs.

Indignation

Il est possible que les paroles de Brizoub donnent à d’aucuns de l’agacement, possible qu’elles en révoltent d’autres, possible qu’elles soient odieuses, possible que de les entendre soit mortification ; ne disputons pas plus. Mais il est sûr qu’elles satisfont aux attentes des Gudule et des Arnoufle à qui elles font de si seyants motifs d’aboyer.

Publié dans : Aile gauche, Observations | le 27 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »
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