Fou du roi

Quand la foule est souveraine, la plus digne mission dont les gens d’esprit se puissent revêtir n’est-elle pas celle de fous d’une cour aussi capricieuse qu’étendue ? De manier le paradoxe tant que l’hétérodoxe, de procéder du contrepoint, de tourner le sérieux en farce et de fronder le ricanement par le tragique ?

Peu de nos clercs s’y osent. Trop y préfèrent la posture de l’anticorrection, qui consiste pour le banc droit à se croire oppressé par le gauche, ou de la rébellion en chaise, par quoi le banc gauche prête toute puissance au droit.

Ceux-là sont tous gens de parti plus que d’esprit ; ils ne sont pas assez libres, de ce qu’ils ne sont pas assez fous.

Publié dans : Observations | le 6 mai, 2015 |Commentaires fermés

Mise à mort

On faisait grief à Johantur, qui fut syndic en la ville de Martin, n’y fit guère plus fortune et s’évita d’être jamais ministre, d’un trafic de sacrements civils. 

Qu’était-ce là de si lourd, qui ne pèse pas le quart de ce dont se relevèrent des Palainjé, des Ricorvet et des Gambaze ?

Il s’est vidé dedans la bouche le fût de sa canardière, et l’on le portera demain en terre. 

Le petit matin blème d’un ministre calomnié au temps d’un vieux prince sourd de la mémoire pour éclairer les oraisons. Et l’on ne songe pas aux ressources où puisa naguère Estradius, pour rétablir sa réputation et survivre trente ans au ragot d’avoir comploté à empoisonner des malades.

Contre l’outrage, lui et d’autres brandirent avec succès la foi de l’innocence ; d’autres ne daignent pas honorer leurs accusateurs d’un regard.

C’est qu’il avait à se reprocher, entend-on, s’il se tue ! 

Il faut à la foule vengeresse des raisons simples, qui la justifient de sa soif de meurtres.

Pénélotte et Papa

Un journal du banc gauche fait sa une sur les déchirements d’un père et de sa fille ; il s’en délecte, pourquoi pas, la presse est bien libre d’opposer les générations et de convoquer les Atrides.

Seulement il se trompe, quand il présume que la publicité de leur différend nuira à la prospérité de leur entreprise. Ce n’est pas tant que de celle-ci les clients eux aussi se délectent, que de ce que, dedans elle, voilà isolé ce qui la rendait infréquentable aux autres, et que ce n’est plus elle entière qui leur répugnera.

Un père se sacrifie à porter seul le Mistigri, il mérite bien de l’amour de sa fille.

Dans le doute…

Il était donc question d’alléger le fardeau de l’impôt en ôtant au millefeuille des parlements de province et des diètes urbaines une couche de pâte. 

Le nom de l’une en a changé, la taille des circonscriptions en est haussée et le nombre de conseillers réduit. On les va faire élire par binômes de sexes, pour qu’aucune tête ne dépasse, dût la pantalonnade de ce mariage obligatoire au contraire de l’autre exclure les couples de bougres ou bougresses.

Ces dames et messieurs du Parlement par la nouvelle loi auront bien travaillé ; le département vaquera à nouveaux frais à sa lourde tâche : distribuer des places et des charges ; disputer avec la ville et la région le financement d’un kilomètre de pavé ; repeindre le collège jusqu’à la porte du lycée ; interpréter les critères d’octroi du revenu des indigents – pour qu’il s’en trouve autant de lectures en France qu’il y en a chez les préfets sur l’asile des réfugiés –, et étendre cette herméneutique à l’édiction du taux d’impotence des vieillards reclus près de leur poêle et dont nul conseiller jamais ne fait tinter la sonnette de l’huis.

On se plaignait de ce que le populaire se faisait trop rare sous les préaux pour l’office civique, voilà la potion pour l’aiguillonner. 

Et le doute nous prend à en repasser la recette ; décidément, nous aurons ce dimanche quelque autre affaire en route que la carrière de ces gonines et gonins en doublets.

Publié dans : Barons félons, Observations | le 21 mars, 2015 |Pas de Commentaires »

Le bel Hélène

Hier boudé, voilà Kokinos reçu. Son triomphe domestique le précède Rue Saint-Honoré, sa réputation est déjà plus d’un dirigeant habile que d’un démagogue qu’on avait feint trois ans de ne pas voir.

Batavio s’y doit bien résoudre : Kokinos a tout pour lui, il est jeune, porte beau, plaît aux dames, effarouche les jocrisses et sait cajôler ses critiques, les malheurs de son peuple l’auréolent de grâce, la rive gauche se l’arrache.

Et ce n’est pas seulement qu’il a plus ébranlé en huit jours que Batavio en trois ans la superbe des pontifes de Bruxelles, des hiérodules de Francfort et des croupiers de Manhattan ; il faut encore qu’il l’emporte sur lui en fermeté par la résolution de sa chemise ouverte, où Batavio ne sait dompter les errements de sa cravate.

Lui en offre-t-on une, il jure de ne la pas nouer que l’Attique ne soit rétablie dans son honneur. Il promène en Europe un beau soleil d’hiver.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 4 février, 2015 |Pas de Commentaires »

Invitation

On demande depuis quand les partis ont la haute main sur la république. Il y a défilé dimanche auquel le peuple est assez grand, en plus d’être assez révolté et meurtri, pour s’inviter tout seul, sans que les écuries électorales jouent les marraines au bal des débutantes.

Songeons que les partis qui concourent à l’expression du suffrage ne sont qu’un aspect de la liberté qu’on voudra en marchant défendre tout d’une pièce ; que les gazettes en sont un autre, et ici plus qualifié qu’eux, ce semble ; qu’ils n’ont vocation à n’être ni invitants ni invités, que seuls en ont les citoyens, et qu’ils l’ont d’être l’un et l’autre.

Mais que s’ils ne peuvent réprimer la vanité de se monter le col ils aient garde d’exclure l’un d’eux, inter pares. Si la ligne de la barbarie doit passer parmi eux, on demande où est celle qui oppose la république aux tueurs.

Indignation

Il est possible que les paroles de Brizoub donnent à d’aucuns de l’agacement, possible qu’elles en révoltent d’autres, possible qu’elles soient odieuses, possible que de les entendre soit mortification ; ne disputons pas plus. Mais il est sûr qu’elles satisfont aux attentes des Gudule et des Arnoufle à qui elles font de si seyants motifs d’aboyer.

Publié dans : Aile gauche, Observations | le 27 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Les affligés

Tel est le dernier chic du banc gauche de se faire gloire d’avoir à porter le poids du monde qu’on s’attend à y voir paraître, après l’émouvant cortège des « économistes atterrés » et la troupe pitoyable des « socialistes affligés », quelque chose comme le monôme des instituteurs consternés ou la phalange des féministes accablées, qui tous autant nous serreront le cœur. 

Et que l’on y espère voir assez tôt rejoindre du banc droit, où ne doivent pas manquer, des quadrilles de libéraux abattus et des cohortes de conservateurs anéantis, parmi des escadrons de pharmaciens et de notaires tétanisés.

Publié dans : Aile droite, Aile gauche, Observations | le 23 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Pénibilité

Crispin depuis vingt ans foule les tuiles et court sur les faîtages ; il y a fait sa maigre fortune et emploie deux aides. Un journal lui apprend que la tâche est pénible, et l’est de par la loi ; un préfet bientôt le redit, bientôt un inspecteur.

Il n’en disconvient pas.

Mais il faut, lui disent successivement ces puissances, que vous calculassiez le temps que vos arpètes passent dans les hauteurs.

Comment faire ce compte ? Rien de plus simple, et une liasse épaisse dégueule du portefeuille que le visiteur de Crispin presse sous des manches amidonnées, tout est là noté : c’est l’étude diligentée par le comité de la branche, où il apparoît sans conteste que le ciel est près d’être touché à partir du septième barreau de l’échelle, qu’il faut par semaine trois heures de station à ces hauteurs pour que la quantité en soit commensurable, sous la restriction de ne pas dépasser trente heures. 

Crispin n’y entend rien, met un aide tout un mois sur la touche pour payer un comptable qui l’enfume et le vole, reprend l’aide, jette la liasse au vent, avec l’étude, le préfet et le comité.

Si haut qu’il grimpera ou ne grimpera plus, celui-là va longtemps cotiser au plafond.

Publié dans : Observations | le 23 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Amère couleur

 Frator passe dans tout Paris pour raciste. On lui découvre une maîtresse du plus beau jais, et riche, et nantie de gloriole et qui ne lui doit rien ; est-il absout ?

Que non, car ayant essuyé son congé il aurait eu avec elle des mots lourds de son vieux préjugé.

Voilà ses ennemis rassurés ; mais Frator eût-il été plus innocent s’il avait dit à la belle d’emblée : « Mademoiselle, eu égard à votre couleur, j’exclus qu’il y ait quoi que ce soit entre nous » ?

 

Publié dans : Aile droite, Observations | le 24 novembre, 2014 |Pas de Commentaires »
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