Archive pour la catégorie 'Observations'

Abus de faiblesse

Crésidèle a cent ans depuis des années, des héritiers qui regardent leur montre, une fortune qu’on admire jusqu’en Chine, la fait ici haïr du peuple, et dans la société rechercher par plus d’amis qu’elle n’a loisir d’en recevoir. Il en vient de Province, il en vient de Paris – si de Passy plus que de Saint-Antoine – qui la flattent, la cajolent, louent son esprit et sa sagacité, enfin lui suggèrent des placements dont ils jurent de doubler la rente en trois jours.

D’autres encore la distraient de sa succession par l’entretien des affaires de la république, des efforts du grand intendant pour contenir l’impôt, et du prix dont cela se paie au Parlement : qui croit que Florius se pourra maintenir s’il n’emporte une mairie ? Qu’adviendra-t-il, sans un département, de l’influence de Latrique ? Ne faut-il pas achever de convaincre le parti de pousser Gubermacht à la Région ?

Ces débours mesurés honorent la puissance de Crésidèle et font aux passants de son salon de précieux viatiques, dont jamais nul ne s’était inquiété qu’on les lui pût avoir extorqués, avant que les ennemis du Boudrillon ne s’emparassent d’une visite qu’il lui avait faite. Détestée pour ce qu’elle était riche, il ne fallut plus long pour que Crésidèle devînt la victime candide de sombres manigances. Le privilège du sexe, avec celui de l’âge, attesta l’innocence abusée.

Car ce n’est pas tant la négligence des lois sur la sincérité des comptes de campagnes qu’un genre d’odieux attentat qui est reproché à l’ancien prince, au temps où il aspirait encore à devenir le nouveau. Se le figure-t-on retournant le matelas de la vieille héritière, élargissant les mailles de son réticule pour y chercher un porte-feuille, distrayant son attention d’une grimace pour tirer sa cassette d’un tiroir, lui chatouillant le pied jusqu’à lui faire signer une lettre de change ?

Il est demandé de le croire. L’opinion trépigne, des chefs s’excitent, le barreau branle, l’hermine se hérisse, et Crésidèle se gausse. C’est sagesse de mépriser l’argent dont on manque, mais sottise de tenir ceux qui en sont pourvus pour des bêtes sur leurs intérêts, seulement parce qu’ils auront montré au public un visage pitoyable.  

Publié dans:Aile droite, Chronique compendieuse, Observations |on 28 mars, 2013 |Commentaires fermés

Jurisprudence

Vous accuse-t-on, que le coup ait fondement ou que l’inspire la jalousie, qu’il soit sagace ou calomnieux, il vous faut vous démettre de tout pour vaquer à votre défense. L’innocence présumée se trouve bien à son avantage, de proclamer qu’elle a besoin de trimer à plein temps pour s’établir. 

C’est, entend-on, qu’il y a depuis vingt ans dans les gouvernements une règle officieuse qui exige qu’on se démette. 

On demande ce que gagne la république à jeter nu, devant un juge peut-être affilié, et devant l’opinion toujours hagarde, un homme dont on ne s’est pas même encore déshabitué à louer la valeur.

Ce n’est pas au gazetier qui a fait tomber d’Arpagnac, tout fier d’une enquête plus redevable à la délation qu’à ses talents, qu’il le faut pourtant objecter ; celui-là n’a fait que pousser son petit bonhomme d’ouvrage. 

C’est au prince faible devant l’opinion, qu’absout mal la faiblesse de ses prédécesseurs, qu’on demande à quoi rime cette coutume qui voudrait qu’un gouvernement ne parût jamais réunir que d’impeccables paroissiens, et qu’il pût y avoir nulle part de ces gens qui sont au-dessus de tout soupçon.

Car nous voyons partout que le soupçon est l’ordinaire dont il faut que s’accommodent tant les ministres que ces messieurs du Parlement. On peut le déplorer, y voir un prix trop haut à la liberté des gazettes ; on peut dire ce qu’on veut ; mais si chacun est soupçonnable, d’avance soupçonné, on ne peut dire qu’il vaut soudain moins qu’un autre du seul fait qu’on l’attaque.

N’appelons pas « jurisprudence » l’imitation étourdie de Premiers ministres passés qui ont manqué de jugement. 

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 21 mars, 2013 |Commentaires fermés

Imprécateur au crépuscule

Depuis vingt ans, Anthelme le va répétant, les idéologies sont mortes, mais il en flaire partout des composants dont la mixtion nous promet quelque mal incurable, qu’il dénonce et ne sait plus nommer.

Hier l’Italie s’entiche d’un sévère buffone, il chausse de graves lunettes, s’invite sur les plateaux avec un manuel d’histoire, jure que les extrêmes droite et gauche mélangées font la pire potion, évoque les années terribles.

Trépasse huit jours après un carillonnant caudillo, Anthelme encore agite sa chronique : ce n’était qu’un autre bufón, un tyran trop élu, qui flattait le peuple et cherchait trop la compagnie des ennemis de ceux qui avaient juré sa perte, un peu de ci, mais un peu de cela ; il restait encore à sa mort à en dénoncer les dupes.

Anthelme est bon oracle, et la quinzaine a été faste. Que sera la prochaine ? Il rentre chez lui, allume le poste, caresse la reliure des livres de Revel. L’ennemi lui manque, il veut se battre, il est vieux.

Publié dans:Aile droite, Observations |on 10 mars, 2013 |Pas de commentaires »

Chroniques de guerre

Est-ce un anniversaire, avez-vous commandé chez Carême une meringue ornementée de sucres ? Je vous le dis, vous êtes pâtissier.
Distrayez-vous en plus vos convives avec des joueurs de luth, la viole et le clavecin ? Sans doute, vous êtes musicien.
Et Batavio est général, puisqu’il a dépêché la troupe aux septentrions du Niger.

Si fait, et toutes les gazettes le disent, dont la plupart sur lui ont révisé leur jugement ;  le voilà l’égal de son prédécesseur et sa canonnade de Cyrénaïque qui l’avait étoilé jusqu’à la talonnette.

Est-ce bien le premier mérite de Batavio? Ne veut-on pas applaudir d’abord le politique, qui avait annoncé trois mois plus tôt à la tribune des Nations son refus que se perpétue la piraterie au Sahel ? Le diplomate, qui s’était ensuite gagné l’aval du dey d’Alger et autres soutiens utiles ?
On veut que le prince soit incapable de rien ou qu’il soit tout-puissant, hier engourdi, irrésolu, aujourd’hui impérieux et veillant jusqu’au lustre des sabres.

Ne serait-ce pas au jugement des journaux que la constance vient à manquer ?

Mariage pour tous

Voici Valère, qui s’enthousiasme qu’on ait servi ce projet de loi sur les épousailles d’un sexe avec lui-même, sans lequel démériterait le Progrès. Il hésitait encore hier, après quelque grand prêche qu’il avait ouï, qui donnait à voir pour la suite des temps de ténébreux négoces de progéniture.

D’autres graves docteurs férus de sciences morales ont achevé de le convaincre : le mariage ne sert plus tant à asseoir la filiation et l’éducation des générations nouvelles qu’à affirmer la « légitimité des couples ». Fiat lux.
Mais que n’aperçoit-il pas qu’en cela ce sacrement civil n’est point une liberté nouvelle, et, loin, que de la liberté il restreindra le champ ? Car quel peut bien être l’objet de cette « légitimité », une fois remisée l’éducation des enfants, sinon la seule sexualité des adultes ?

Oui Valère, défaites-vous de vos apprêts libertins. Le mariage pour tous est cela : une mesure de contrôle des sexualités, et, sans qu’il soit utile d’arborer la grimace puritaine de les nommer, de mise au ban du vagabondage amoureux, des étreintes furtives, appariements intermittents et liaisons parallèles. Il ne sert pas qu’à habiller les aspirations fiscales, successorales ou usufruitières d’une minorité néobourgeoise, ce couple coulé dans le bronze de la salle des mariages. Il est la parole sentencieuse de l’Etat, en ce qu’il prétend être toujours fondé à s’immiscer dans les alcôves.

Publié dans:Aile gauche, Observations |on 7 novembre, 2012 |Commentaires fermés
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