Archive pour la catégorie 'Observations'

Holocauste

On la dirait d’abord candide, cette opinion publique, qui sans trop y gager cherche encore à se passionner pour la chose politique.

Quand vient le temps, elle envoie dans les assemblées autant de députés qui sinon par le sexe ne diffèrent qu’à peine pour le tempérament, brassent depuis cinquante ans les mêmes idées honnêtes, récitent les mêmes leçons apprises des mêmes maîtres, cèdent à l’occasion aux mêmes tentations des mêmes péculats, et que tenaille la même volonté de se tenir au plus près du peuple, ou comme ils disent de la vraie vie, dont ils parlent par là comme s’ils s’en exceptaient.

Entre deux de ces élections qui impriment à la morne rumeur de la cité une pulsation molle, en commentaires narquois sur les réseaux l’opinion se répand : elle y bouillonne, grenouille, interpelle, invective, confond, oublie.

Nous voilà au plus creux des cycles électifs et les gazettes trouvent à vendre du papier en simulant la prochaine grande joute. Qui l’achète ? Certains, vous, moi sinon. Qui le lit ? Tout le monde. L’opinion s’ennuie, elle adore.

Elle rêve aujourd’hui de se débarrasser de Batavio comme hier de Boudrillon dont il fut l’adversaire. Or le nom de son successeur l’intéresse autant qu’il en faut accoler un à un personnage pour ne pas s’emmêler dans le déroulement d’une pièce ; son élection n’est pas l’enjeu, moins encore son succès.

Compte seul d’immoler le régnant. Alors pardon ! voilà une autre affaire. Qu’on scrute bien l’élection du Prince : on n’y verra que sacrifice, répétition grimée de quelque rite cannibale. Elle n’est pas si candide, l’opinion de notre vieux pays, ou sauvage à proportion.

Publié dans:Observations |on 14 août, 2014 |Pas de commentaires »

Casseroles

Hier en sa page trois un indispensable canard dressait la liste des élus en délicatesse avec les tribunaux déjà reconduits au premier tour de la municipale, ou promis à l’être au second.

Ce mercurial volatile en riait plutôt jaune. Il se fût moins dégoûté d’en tirer la leçon.

Plus de sagesse que de mauvais jugement entre dans le suffrage du peuple en faveur de candidats cupides ou dépravés. S’il se refuse à traquer chez eux tous les vices que la nature a faits, c’est qu’il se défend de la perfection que l’on propose à son applaudissement, et de la vertu que des commissaires imposent à son imitation ; qui ne voit qu’à vilipender l’humaine faiblesse, c’est son procès aussi qui est en creux instruit ?

Loués soient les édiles et les députés honnêtes ; fou qui prétend à l’être, et fou qui en réclame pour maîtres ! Un élu que la justice épingle, en ne valant pas plus qu’eux gratifie ses mandants d’un confort moral sans quoi l’on ne peut vivre : le droit d’être faillible. Humain, en somme. 

Publié dans:Observations |on 27 mars, 2014 |Commentaires fermés

Éloge de l’opacité

Si les partis « se forment et exercent leur activité librement » ainsi que l’entend notre Constitution, comment leur comptabilité ne serait-elle pas libre ?

C’est pitié de voir Grisdemeaux s’agiter pour persuader la galerie que le sien n’a jamais surpayé les services de ses amis publicitaires. Qui peut dire ce qu’ils valent ? Qui, que ces prestations n’ont pas comblé le client, si ce n’est le client lui-même ?

Dado joue à la balle à merveille, son club le paie pour cette tâche des milles et des cents qui doublent chaque année, la foule se presse pour le voir, se lève quand il marque, laissant les dames en pâmoison ; voilà un client satisfait.  Comme ceux de Gybrude qui s’arrachent le privilège de la cacheter sous les feux des studios pour quinze jours de tournage qui épuiseraient le budget de dix théâtres.

Qu’on nous montre que le mérite d’un athlète de la Réclame est moindre que le leur. Et que le parti qui l’emploie ne devrait pas autant qu’un autre défendre son quant-à-soi, et le libre usage de fonds qu’il ne détient pas à charge de contreparties.

Au lieu de quoi on voit Grisdemeaux, traqué, croire habile de réclamer contre ses concurrents et ses censeurs des gazettes le même tracassin qu’il affronte.

Quand on aura mis à l’affût de chaque comité de parti un commissaire de la transparence diligenté par le Trésor ou par quelque vizir déontologue, dira-t-on encore que les partis sont libres ?

Publié dans:Aile droite, Observations |on 4 mars, 2014 |Commentaires fermés

Convergence

La guerre à l’Est ?

Marsiot ouvre le même robinet à nouvelles qu’ouvre Hilarien. Lui, s’alarmait naguère que des hordes d’inverties en cheveux pussent bientôt assiéger à Moscou le siège du Patriarcat ; l’autre a tremblé la semaine dernière d’apercevoir des fachistes s’agiter dans la foule rassemblée en famille sur la place de Kiev.

Ils approuvent l’un et l’autre l’annexion russe de la Crimée.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Observations |on 3 mars, 2014 |Commentaires fermés

Ad hominem

Samuelsmall, le sycophante devenu premier argousin de l’État, avait depuis sa dénonciation des Romanichels une rudesse à se faire pardonner dans l’auditoire des dames patronnesses. Il en a vu l’occasion en inventant d’interdire les numéros d’un turlupin qui a le mauvais goût de professer de lourdes opinions sur telle autre nation – disons un peu plus lourdes que celles de Samuelsmall sur les Romanichels. 

À une gazette populaire il confie une indignation de bonne contrefacture ; bientôt Grossplan lui-même, dont il ne rêve que de ravir le Premier portefeuille, applaudit son ministre et jure d’empêcher le bateleur de mettre un pied dans sa ville de Nantes ; puis c’est, sur le Vieux-Port, à qui de Visigus et Minutus, le maire uhémepiste et le chef socialeux, gardera mieux la proverbiale tranquillité de Marseille des violences verbales de l’histrion…

S’il le faut, Samuelsmall jure de faire changer la loi ; et une loi ad hominem ne lui répugnerait point, dût-elle ouvrir le chemin à la restauration du contrôle préalable sur le théâtre et les publications, dont les lois de liberté de 1791 et 1881 avaient marqué la fin.

En ces temps où l’avilissement des élus par des amuseurs conditionne les carrières politiques, faudrait-il voir, dans l’acharnement d’un ministre contre un faiseur de pets, le présage d’une vengeance ? Ce serait circonstance atténuante, si les bouffons qui étrillent Samuelsmall et ses pairs aux heures de grande écoute étaient les derniers à applaudir ici à leur fièvre purificatrice, mais il y a beau temps que l’objet de leur hargne est proscrit des plateaux.

Car ces temps sont aussi des temps de proscription, plaisants aux Samuelsmall qui les veulent parfaire. Ce ministre a raison, puisque la liberté a tort, et les électeurs ne peuvent plus dire qu’ils ne savent pas.

Trois cent quarante-trois

La même espèce d’indignation soulève le petit-bourgeois, aujourd’hui comme hier, si neuf que son objet ait l’air. Et c’est la même requête, amère, péremptoire et plaintive, qu’il adresse à l’Etat, tant il en veut voir le bras puissant écraser les méchants que sa frustration lui désigne.

Hier que la propriété fondait la dignité, il visait l’apatride, l’anarchiste ou le chemineau ; aujourd’hui que la police des mœurs tient lieu de civisme, le libertin, le micheton et le sybarite.

Publié dans:Observations |on 4 novembre, 2013 |Commentaires fermés

Gadjo

 

Les propos de Samuelsmall, pleure une feuille du soir et s’éjouit une autre du matin, recueillent l’assentiment d’une large majorité de nos concitoyens ; et voilà un ministre qui règle plus que jamais son pas sur le fanal de Matignon. 

Une demi-sottise en prémisse et le cynisme en conclusion, il aura pourtant courroucé une majorité de l’électorat de Batavio, en ne reconnaissant qu’à une minorité de Romanichels le mérite de vouloir « s’insérer ». Mais il caressait le velours de sa manchette, lorsqu’il défia quiconque de lui montrer le contraire. Nul ne s’y est risqué, ni ne s’y risquera, parmi les chaisières du parti dévot, qui confessent la démocratie universelle, l’indignation en monodose, la vacuité du ciel et les soldes saisonniers, qui mènent grand tapage, invoquent le pacte républicain, et finissent par menacer de ne plus voter qu’au second tour pour Samuelsmall ou Batavio. Ne doutez donc pas que la concertation entre ces deux-là ait eu lieu, tout bénéfice pesé. 

Ni que les gouvernements roumain et bulgare ne se formaliseront que mollement de l’obstacle que Paris oppose à leur insertion dans le premier cercle du Vieux Monde. Le message passé par l’Intérieur épargne la délicatesse du Quai – une charge qu’Estradius n’aura pas à mener.

Oui, l’affaire est certaine, et nous avons autant de science que Samuelsmall pour vous la conter autrement. Si les Romanichels sont autre chose que ceux qui ne sont pas romanichels, qu’ils appellent gadjé et auxquels ils ne marient pas leurs filles, c’est qu’ils forment un peuple, voué à perdurer dans l’être autant que faire se peut et que s’y emploient les autres peuples pour eux-mêmes, quelque usage qu’ils aient de leurs filles. Et que tout fondé qu’il est à décompter les minorités des majorités, tel petit ministre savantasse n’ignore pas non plus que ce peuple se distingue des autres, autant que par ses déambulations, en ceci qu’il est le seul d’Europe à être dépourvu de droits politiques, tant l’Europe ne connaît de peuples que sur un lit de Procuste dont les deux dimensions sont l’Etat et le territoire. 

Ah, ministre matois : « Ces citoyens bulgares et roumains… » Ouais ! Tu sais bien ce disant que tu ne mens qu’à moitié, puisqu’ils ne sont là-bas que demi-citoyens, et pour la raison qu’on a dite qu’ils n’y demandent pas beaucoup plus qu’ici à l’être davantage.

Ce n’est pas vrai, m’a expliqué un jour une vieille au front marqué d’un point qui disait la bonne aventure, ce n’est pas vrai que ce mot de gadjo soit chargé de mépris.

Ne ferait-il pas bien parfois de l’être ?

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 28 septembre, 2013 |Commentaires fermés

Fracture morale

Le vulgaire est fondé à salir comme le prestolet de bénir. De s’être pénétré, avec la sotte lucarne, de l’avantage qu’on a de se draper d’indignation devant la faiblesse des grands et de leurs aspirants, il se tiendrait comme quitte avec la vertu, si le culte dont il l’entoure ne le portait en sus à s’en faire le porte-voix. 

Plût à la république de valoir mieux qu’un tel défenseur ! Penche-t-il du côté droit, il calomnie à gauche ; verse-t-il à gauche, il compisse à sa droite. Pénélotte fait un faux pas, manque de se rompre la nuque, réchappe au prix de deux vertèbres ; un parterre s’en amuse, la moque, s’éjouit, s’échange des billets. Que s’en priverait-il ; n’est-ce pas Pénélotte dont la nature est de bouillir de haine, n’est-ce pas elle, qui parle pour la populace

Ils ont raison, tant qu’eussent-ils eux-mêmes trébuché sur le bord, il n’est point de piscine dont ils auraient touché le fond.

Publié dans:Observations |on 21 mai, 2013 |Commentaires fermés

Question sous le Front

Qui sommes-nous ? répète-t-elle devant une claque incertaine, et à chaque couplet la réponse se perd en métaphores et en rumeur, et la question demeure, inentamée.

Pénélotte se le demande : qui est-elle ?

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 1 mai, 2013 |Commentaires fermés

Abus de faiblesse

Crésidèle a cent ans depuis des années, des héritiers qui regardent leur montre, une fortune qu’on admire jusqu’en Chine, la fait ici haïr du peuple, et dans la société rechercher par plus d’amis qu’elle n’a loisir d’en recevoir. Il en vient de Province, il en vient de Paris – si de Passy plus que de Saint-Antoine – qui la flattent, la cajolent, louent son esprit et sa sagacité, enfin lui suggèrent des placements dont ils jurent de doubler la rente en trois jours.

D’autres encore la distraient de sa succession par l’entretien des affaires de la république, des efforts du grand intendant pour contenir l’impôt, et du prix dont cela se paie au Parlement : qui croit que Florius se pourra maintenir s’il n’emporte une mairie ? Qu’adviendra-t-il, sans un département, de l’influence de Latrique ? Ne faut-il pas achever de convaincre le parti de pousser Gubermacht à la Région ?

Ces débours mesurés honorent la puissance de Crésidèle et font aux passants de son salon de précieux viatiques, dont jamais nul ne s’était inquiété qu’on les lui pût avoir extorqués, avant que les ennemis du Boudrillon ne s’emparassent d’une visite qu’il lui avait faite. Détestée pour ce qu’elle était riche, il ne fallut plus long pour que Crésidèle devînt la victime candide de sombres manigances. Le privilège du sexe, avec celui de l’âge, attesta l’innocence abusée.

Car ce n’est pas tant la négligence des lois sur la sincérité des comptes de campagnes qu’un genre d’odieux attentat qui est reproché à l’ancien prince, au temps où il aspirait encore à devenir le nouveau. Se le figure-t-on retournant le matelas de la vieille héritière, élargissant les mailles de son réticule pour y chercher un porte-feuille, distrayant son attention d’une grimace pour tirer sa cassette d’un tiroir, lui chatouillant le pied jusqu’à lui faire signer une lettre de change ?

Il est demandé de le croire. L’opinion trépigne, des chefs s’excitent, le barreau branle, l’hermine se hérisse, et Crésidèle se gausse. C’est sagesse de mépriser l’argent dont on manque, mais sottise de tenir ceux qui en sont pourvus pour des bêtes sur leurs intérêts, seulement parce qu’ils auront montré au public un visage pitoyable.  

Publié dans:Aile droite, Chronique compendieuse, Observations |on 28 mars, 2013 |Commentaires fermés
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