Archive pour la catégorie 'Aile gauche'

Ad hominem

Samuelsmall, le sycophante devenu premier argousin de l’État, avait depuis sa dénonciation des Romanichels une rudesse à se faire pardonner dans l’auditoire des dames patronnesses. Il en a vu l’occasion en inventant d’interdire les numéros d’un turlupin qui a le mauvais goût de professer de lourdes opinions sur telle autre nation – disons un peu plus lourdes que celles de Samuelsmall sur les Romanichels. 

À une gazette populaire il confie une indignation de bonne contrefacture ; bientôt Grossplan lui-même, dont il ne rêve que de ravir le Premier portefeuille, applaudit son ministre et jure d’empêcher le bateleur de mettre un pied dans sa ville de Nantes ; puis c’est, sur le Vieux-Port, à qui de Visigus et Minutus, le maire uhémepiste et le chef socialeux, gardera mieux la proverbiale tranquillité de Marseille des violences verbales de l’histrion…

S’il le faut, Samuelsmall jure de faire changer la loi ; et une loi ad hominem ne lui répugnerait point, dût-elle ouvrir le chemin à la restauration du contrôle préalable sur le théâtre et les publications, dont les lois de liberté de 1791 et 1881 avaient marqué la fin.

En ces temps où l’avilissement des élus par des amuseurs conditionne les carrières politiques, faudrait-il voir, dans l’acharnement d’un ministre contre un faiseur de pets, le présage d’une vengeance ? Ce serait circonstance atténuante, si les bouffons qui étrillent Samuelsmall et ses pairs aux heures de grande écoute étaient les derniers à applaudir ici à leur fièvre purificatrice, mais il y a beau temps que l’objet de leur hargne est proscrit des plateaux.

Car ces temps sont aussi des temps de proscription, plaisants aux Samuelsmall qui les veulent parfaire. Ce ministre a raison, puisque la liberté a tort, et les électeurs ne peuvent plus dire qu’ils ne savent pas.

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« Libération de la parole raciste… » D’où l’Etat tire-t-il cette fable à effrayer les enfants ?

De quelque injure qu’à des enfants ont insufflée des parents abrutis un jour de manifestation ? D’un jeu de mot à la une d’une feuille que personne ne lit, qui se survit depuis trente ans dans la nostalgie d’une armée secrète et de la morne incantation du refus de l’impôt, de faillite frauduleuse en renflouement de margoulin  ?

Ou de la grande nécessité d’accréditer la fable d’une ministre blessée, qui le serait davantage que le parterre doutât de la profondeur de sa blessure, et de faire valoir l’attachement au bien universel d’un gouvernement aux abois ?

Publicité ! Tu tournes la tête des puissants !

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse |on 26 octobre, 2013 |Pas de commentaires »

Gadjo

 

Les propos de Samuelsmall, pleure une feuille du soir et s’éjouit une autre du matin, recueillent l’assentiment d’une large majorité de nos concitoyens ; et voilà un ministre qui règle plus que jamais son pas sur le fanal de Matignon. 

Une demi-sottise en prémisse et le cynisme en conclusion, il aura pourtant courroucé une majorité de l’électorat de Batavio, en ne reconnaissant qu’à une minorité de Romanichels le mérite de vouloir « s’insérer ». Mais il caressait le velours de sa manchette, lorsqu’il défia quiconque de lui montrer le contraire. Nul ne s’y est risqué, ni ne s’y risquera, parmi les chaisières du parti dévot, qui confessent la démocratie universelle, l’indignation en monodose, la vacuité du ciel et les soldes saisonniers, qui mènent grand tapage, invoquent le pacte républicain, et finissent par menacer de ne plus voter qu’au second tour pour Samuelsmall ou Batavio. Ne doutez donc pas que la concertation entre ces deux-là ait eu lieu, tout bénéfice pesé. 

Ni que les gouvernements roumain et bulgare ne se formaliseront que mollement de l’obstacle que Paris oppose à leur insertion dans le premier cercle du Vieux Monde. Le message passé par l’Intérieur épargne la délicatesse du Quai – une charge qu’Estradius n’aura pas à mener.

Oui, l’affaire est certaine, et nous avons autant de science que Samuelsmall pour vous la conter autrement. Si les Romanichels sont autre chose que ceux qui ne sont pas romanichels, qu’ils appellent gadjé et auxquels ils ne marient pas leurs filles, c’est qu’ils forment un peuple, voué à perdurer dans l’être autant que faire se peut et que s’y emploient les autres peuples pour eux-mêmes, quelque usage qu’ils aient de leurs filles. Et que tout fondé qu’il est à décompter les minorités des majorités, tel petit ministre savantasse n’ignore pas non plus que ce peuple se distingue des autres, autant que par ses déambulations, en ceci qu’il est le seul d’Europe à être dépourvu de droits politiques, tant l’Europe ne connaît de peuples que sur un lit de Procuste dont les deux dimensions sont l’Etat et le territoire. 

Ah, ministre matois : « Ces citoyens bulgares et roumains… » Ouais ! Tu sais bien ce disant que tu ne mens qu’à moitié, puisqu’ils ne sont là-bas que demi-citoyens, et pour la raison qu’on a dite qu’ils n’y demandent pas beaucoup plus qu’ici à l’être davantage.

Ce n’est pas vrai, m’a expliqué un jour une vieille au front marqué d’un point qui disait la bonne aventure, ce n’est pas vrai que ce mot de gadjo soit chargé de mépris.

Ne ferait-il pas bien parfois de l’être ?

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 28 septembre, 2013 |Commentaires fermés

Tuer le père sur le chemin de Damas

On feint de le croire, et il redoute de paraître irrésolu. Batavio a décidé qu’il décidera, sans le secours de ces Messieurs du Parlement. Est-il si fou, qu’il néglige les impondérables effets, là-bas, d’une frappe contre le satrape damascène ? Sans doute pas, mais justement, il le sait, que de tels effets sont impondérables.  Mieux veut donc ne plus peser au trébuchet ces épices du Levant compliqué. Pour un monarque sage, la guerre est une monnaie qui a cours en son propre royaume.

Là, le calcul est vite fait. L’opinion est-elle contre, il s’en fera un mérite. L’opération avorte-t-elle, ce ne sera pas de son fait, mais du pusillanime allié sous la bannière de qui il s’est rangé. Échoue-t-elle, il n’y a pas de but de guerre assez connu qui empêchera qu’on la maquillât en succès. Réussit-elle à toucher ici ou là ses cibles, le voilà confirmé. Le despote se prend-il huit jours après le pied dans le tapis, son cœur le lâche-t-il, sa voiture verse-t-elle dans le fossé : ce sera un triomphe.

Or voyez au contraire le coût de ne pas donner suite aux révélations de nos agents secrets, souvent moqués, aujourd’hui dans l’orbe du Bien : passer à côté de l’histoire ?

Batavio, l’histoire ? Riez. Il n’est de gouvernant qui ne se croie guetté par cette idole.

L’Histoire… Elle agite l’ombre du Vieux Prince qui avant le nôtre mit les gauches aux affaires. Lui aussi avait tranché pour la force ; lui aussi avait œuvré à détruire un despote oriental…

Mais lui jamais n’aurait consenti à voir la France enrôlée seule avec le cousin d’Amérique, voilà ce qui a piqué Batavio : il a vu l’occasion de se démarquer de son mentor, pour hisser son nom si haut que le sien ; de ne plus attendre le fragile moment de lui disputer un prénom.

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse |on 4 septembre, 2013 |Commentaires fermés

Contrat d’avenir

Silvius a dix-sept ans et plie dans un bureau des cocottes en papier. Les journées passent. La foule sous ses pieds porte de salle en salle la rumeur d’un docile engouement ; c’est un lieu de prestige, d’où se voit la Seine couler aux abords des palais. Il s’ennuie. On le moque, on le plaint.

Il songe à l’exempt qui lui avait trouvé dans les poches, aux marches du lycée, de cette résine dont on fait des volutes. A quelques frasque, encore, et que ce bureau vaut mieux que le bureau d’un juge. Il ne va plus au lycée, il ne traîne plus les rues. Il travaille au titre d’un dispositif, inventé à l’intention de jeunes gens que la paupérisation menace, et qu’il regarde de trop bas par l’âge et de trop haut par la fortune.

Il défère à la volonté d’une mère qui l’a mis là à point nommé. Elle est plus haut en cour qu’il ne sera jamais loin dans ses rêves de fuite.

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse |on 31 mai, 2013 |Commentaires fermés

Epitaphe

Il n’est pas commun de faire le sacrifice de sa vie devant l’autel. Il n’est pas utile de commenter la mort d’un adversaire dont on découvre l’existence et le nom quand il passe. Il est au-dessus des forces de Caralème de n’être point sot.

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse |on 22 mai, 2013 |Commentaires fermés

Question sous le Front

Qui sommes-nous ? répète-t-elle devant une claque incertaine, et à chaque couplet la réponse se perd en métaphores et en rumeur, et la question demeure, inentamée.

Pénélotte se le demande : qui est-elle ?

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 1 mai, 2013 |Commentaires fermés

Faiblesse de médecin et legs de ministre

On nous parle de son mensonge et de la moralisation qui s’impose aux mœurs de la cour, bravo, je l’entends, et les caisses de l’Etat excitent notre compassion.

Mais Arpagnac n’a-t-il point en partage l’art de Galien ; qui songe aux effets qu’y aura laissés sa vénalité ? Cuisants ou nuls, qui le sait ?

Et combien sont les anciens et les futurs ministres, dignitaires missionnés, titulaires de charges honorifiques, plénipotentiaires de hautes autorités et de fondations d’utilité publique que la fabrique apothicaire, autant que d’Arpagnac, a jugé expédient de stipendier ? Quelles enquêtes pipées auront été diligentées à grand tapage, combien de menteries accréditées, de philtres incertains, de spécifiques dévoyés, de viles décoctions vendues au prix de charmes ?

Naguère un droguiste du Nouveau Monde conquerrait le Vieux en jurant d’avoir réuni les atomes qui vainquent la mélancolie ; Paris s’en fit une mode et n’en point voulut démordre lorsqu’il se susurra que la dragée inclinait au suicide. Il fit école. D’autres découvrirent que l’herbe à Nicot portait ombrage à leurs potions pour soutenir l’âme, qu’ils voulaient voir gober par la terre entière, ils financèrent à grands frais l’invention du tabagisme apathique et firent crouler sous les strychnines les rayons d’officines ; d’autres encore virent dans une cure du diabète un artifice propre à délarder les fesses des baigneuses, dont certaines bel et bien sont mortes ; il suffit de franchir le Rhin ou de passer le Mont-Cenis pour ne plus trouver un esculape en caprice de prescrire contre le souffle au cœur de cette pilule dont s’entichent depuis quarante ans nos rusés cardiologues…

On raconte qu’Arpagnac comptait tant d’argent noir qu’il implantait de cheveux jais. Montaigne l’eût moins blâmé de cette chirurgie de bal que s’il eût soigné le nervosisme avec des sucs d’aspic. D’autres que lui dans les palais, nantis ou non de cassettes sous les palmiers, se font les dupes complaisantes de Fleurants et de Léandres.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 18 avril, 2013 |Commentaires fermés

Jurisprudence

Vous accuse-t-on, que le coup ait fondement ou que l’inspire la jalousie, qu’il soit sagace ou calomnieux, il vous faut vous démettre de tout pour vaquer à votre défense. L’innocence présumée se trouve bien à son avantage, de proclamer qu’elle a besoin de trimer à plein temps pour s’établir. 

C’est, entend-on, qu’il y a depuis vingt ans dans les gouvernements une règle officieuse qui exige qu’on se démette. 

On demande ce que gagne la république à jeter nu, devant un juge peut-être affilié, et devant l’opinion toujours hagarde, un homme dont on ne s’est pas même encore déshabitué à louer la valeur.

Ce n’est pas au gazetier qui a fait tomber d’Arpagnac, tout fier d’une enquête plus redevable à la délation qu’à ses talents, qu’il le faut pourtant objecter ; celui-là n’a fait que pousser son petit bonhomme d’ouvrage. 

C’est au prince faible devant l’opinion, qu’absout mal la faiblesse de ses prédécesseurs, qu’on demande à quoi rime cette coutume qui voudrait qu’un gouvernement ne parût jamais réunir que d’impeccables paroissiens, et qu’il pût y avoir nulle part de ces gens qui sont au-dessus de tout soupçon.

Car nous voyons partout que le soupçon est l’ordinaire dont il faut que s’accommodent tant les ministres que ces messieurs du Parlement. On peut le déplorer, y voir un prix trop haut à la liberté des gazettes ; on peut dire ce qu’on veut ; mais si chacun est soupçonnable, d’avance soupçonné, on ne peut dire qu’il vaut soudain moins qu’un autre du seul fait qu’on l’attaque.

N’appelons pas « jurisprudence » l’imitation étourdie de Premiers ministres passés qui ont manqué de jugement. 

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |on 21 mars, 2013 |Commentaires fermés

Des mots sur des sentiments

La comédie des épousailles en a fait pour ses partisans un maternel substitut, prodigue, atttentif, grondeux et protecteur. Elle est la tante dont plus que les enfants goûtent de se faire aimer. Elle a du courage et de la faiblesse, de la sottise et de la droiture, un genre de foi de charbonnier qui voit partout à l’œuvre la lutte du bien et du mal, elle se précautionne et dénonce, interdit les gros mots et s’autorise les creux, se drape de candeur et interpelle les méchants, cajôle et morigène. Elle fait des tartes qu’on gobe jusqu’aux noyaux des prunes. 

Ils l’applaudissent encore d’avoir déroulé sans notes une demi-heure d’oraison frappée au coin des évidences des manuels d’instruction civique et des magazines de dames, comme ils avaient applaudi le lissé des montées et des pauses, la main tendue en métaphore florale sur une gorge puissante, et qu’à aucun moment elle n’eût achoppé dans ce miel sans grain. 

La cause de la normalisation sexuelle et du sacrement étatique attendait son organe ; elle le trouvait dans cette Junon prudhommesque et son timbre un peu aigre. Oui, c’était bien le mariage dont elle convainquait l’univers qu’il devait chapeauter les amours de traverse ; c’était sur le mariage qu’on légiférait, mais c’était l’amour seul qui le portait, et la portait, depuis le fond des âges et l’obscurité des sentiments brimés qui attendaient des mots qu’enfin un effort historique allait transfigurer en articles du code civil. La République convolait en hyménée civique, et il ne s’en fallut que du règlement de l’Assemblée qu’une couronne arc-en-ciel ne vînt à la tribune ceindre le front de Tant’Rita.

 

Publié dans:Aile gauche, Chronique compendieuse |on 9 février, 2013 |Pas de commentaires »
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