Archive pour la catégorie 'Aile droite'

Démarche (Succession VI)

Ni chapelles ni écuries, nous n’avons pas, se flatte Grisdemeaux, la même démarche que les socialeux.

La leur est sans doute excellente, mais quelle est-elle ? Va-t-elle l’amble ou le trot ? Tend-elle uniment vers son but, multiplie-t-elle les détours ? Les tambours rythment-ils son avancée, se chausse-t-elle de feutre ?

Pour départager Grisdemeaux et Coquillon, il se murmure que le parti boudrillonnesque organiserait une course de sacs.

Publié dans:Aile droite, Chronique compendieuse |on 18 septembre, 2012 |Commentaires fermés

Du peuple et de la cour

Il remet de l’ordre à la cour, sur un pied modeste et dans la tranquillité recouvrée de l’étiquette. De la simplicité, Batavio s’est fait une tunique. Ses satellites s’y taillent une chasuble ; moins de fastes, mais des ministres en nombre pour s’adonner autour de lui à une douce rigueur.

Il aura garde d’oublier par quels accrocs aux manières avait commencé de s’effilocher le crédit de son prédécesseur. De Boudrillon, on a bien dit et mal entendu que le flattaient les ors et les lustres ; il les aimait sans en avoir le goût. Ce prince préférait la charge, excellait en chef de meute, et du courre à la cour négligeait de changer de bottes ; il décidait de tout au lieu de ses ministres, et ne sut pas trancher entre ses favorites. Aussi il s’aliéna les marquises qui donnent le ton aux bourgeois ; quand il chercha refuge chez le peuple, il s’entendit rappeler le prix de ses carrosses.

Il fallait qu’il connût bien mal la France, pour avoir cru que l’air d’un nouveau riche ne lui promît bientôt le personnage d’un usurpateur. L’amour de la cité peut se retirer des élites et du peuple, mais point l’esprit de caste.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 3 juin, 2012 |Commentaires fermés

Je voudrais vous y voir

Des mois durant, Boudrillon l’aura dû ravaler. Le mot jamais ne vient aux lèvres d’un ministre, ni non plus d’un député qui défend son fauteuil, mais il se lit dans le regard.

Je voudrais vous y voir.

Dans le grand nombre de ceux qu’ils s’interdisent de prononcer, celui-là les hante le plus. Le dire, c’est offrir à l’opposant ce qu’on prétend tenir là même en le disant ; piquer sa superbe et s’en empoisonner. Car il s’y voit, lui.

Et maintenant les défaits y voient leurs successeurs. Et n’est pas grand mystère ce que les successeurs se diront dans six mois.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 3 juin, 2012 |Commentaires fermés

L’impôt des autres

Le parti droit réclame la démission d’Arnould, coupable d’avoir donné de l’escroc à un chevalier d’industrie ; il ne demande pas celle de Prouproutte, qui dans une même offense a enveloppé tout un peuple.

Est-ce superbe, est-ce sottise de la reine de la maltôte, on ne sait.

Il est pourtant fondé que les contributions des Hélènes intéressassent Prouproutte, assidue aux vues pénétrantes du comptoir de crédit qui guida naguère Athènes sur la voie de la dissimulation comptable.

Ou ce sera le hasard d’avoir dû la charge qu’elle occupe à une femme de chambre qui l’aura rendue sensible à la capacité du peuple. Il ne lui manque pour lui ressembler que d’être imposable.

Publié dans:Aile droite, Chronique compendieuse |on 30 mai, 2012 |Commentaires fermés

Concurrrence administrée

Il ne doit pas sa puissance au suffrage ; sa puissance est pourtant politique. Un prince l’a nommé, un autre a agrandi son fief, il attend d’un troisième de nouveaux apanages. Dergotin, crâne hâve lustré au néon des études, défend la concurrence. S’il n’en a l’expérience, il s’est accoutumé au mot, et la doctrine fait le reste ; à l’abattage et à la délation, elle confère la dignité d’une magistrature. C’est assez pour mener battue contre les petits arrangements des affaires, mettre à l’amende des poids lourds de la rente, se gagner les applaudissements du poulailler et du parterre.

Or la claque résonne pareillement quand il rejoue la scène avec des maraîchers, des meuniers ou des brasseurs de crème, qui ont pu opposer un front fragile au négoce et tout juste obtenir de ne pas se voir imposer des prix inférieurs à leurs coûts. Ceux-là, déjà exsangues, et portés à se repayer de l’amende sur le dos de leur main-d’œuvre, auront éprouvé la pureté de la doctrine.

D’avoir abandonné au caprice de cet homme l’éventualité de ruiner des fabriques mérite d’entrer dans l’Histoire comme l’un des durables succès de Boudrillon : à l’heure où souffle l’esprit du redressement productif, nul ne songe, dans le parti de Batavio, à rogner les attributs de Dergotin.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 23 mai, 2012 |Commentaires fermés

Du mot de liberté

Et je vous dis qu’ils sont jumeaux, tant bien qu’ils s’entretuent, à négliger pareillement le bien le plus précieux ! Quoi, en trois heures de joute, le mot de liberté aura franchi trois fois leurs lèvres ? Faut-il qu’il les écorche…

Car la première fois est clause de style, quand Boudrillon formule le vœu qu’au terme du duel, comme si nul eût douté qu’il en pût aller autrement, les Français en liberté choisissent.

Remercions le prince, et passons. Voilà la deuxième, pour lui seconde : c’est de se louer qu’une loi de police a dissuadé trois cents mahométanes de se dire libres d’être serves en s’enveloppant dans un rideau.

De la prohibition qui émancipe, Batavio ne rit ni ne lui fait querelle. Il n’a pas plus d’usage du mot, ni de sa poussière, pourtant le prononce à son tour. Il le faut croire : le mot était dans ses desseins. Ah ! traitera-t-on d’opinion, d’établissement, de mœurs ?

Nenni : aux édiles, aux échevins et aux jurats, Batavio promet que l’Etat donnera de nouvelles libertés.

C’est bien ainsi, et les particuliers s’accommoderont de celles qu’on leur laisse.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 5 mai, 2012 |Commentaires fermés

Un conseiller et sa retraite

Confie-t-on à Soubuse qu’il pleut que déjà l’on se sent conspirer.

Soubuse sait tout et ne dit rien, sinon qu’il sait et laisse dire. La voix est douce, le propos circonspect, comme il sied aux hommes qu’une seule passion habite, qu’ils ne livrent pas à l’encan.

De ce scribe que l’encre rebute, la conversation a moins d’éclat qu’une liste de courses, mais rien n’y figure qui ne soit à sa place. Le pouvoir en fait tout l’ornement. On tend l’oreille pour l’entendre, on est saisi de l’aperçu, ainsi que maints puissants à droite l’ont été, dont il aura après accommodé le pas. Il les connaît de longue main, quelquefois même inspire les secrets qu’ils lui cèlent, si que sans rien écrire il a repu bien des gazettes des fruits de son carnet d’adresses comme de son adresse au cornet.

Voilà un lustre, le triomphe de Soubuse se confondait avec celui de Boudrillon, et avec le pari de risquer deux millions de suffrages du centre pour en capter un million à la plus destre droite.
Le coup cette fois est perdant. Vers la gauche le marais s’épanche, et la rive opposée s’est corrigée du tour que lui avait joué le conseiller mûri sous son couvert.

Soubuse n’en a cure, pas plus que des brocards de Pénélotte. Il médite déjà d’écrire que le conseiller et son prince ont joué pour l’honneur. Passe la passion. Et puis sa pelote a roulé, il est temps d’en toucher la rente. Les jours sont loin où il courait le publireportage place Vendôme. A la composition de ses Mémoires, il a bien mérité d’adjoindre quelque nègre.

Perdre à droite, ou ne rien gagner à gauche ?

Entre un motif redoublé de goûter au fruit de l’amertume et l’assurance de tâter de l’ingratitude pour un secours à peine utile à la victoire, Loubear a balancé, mais il a choisi. Le moindre désagrément ne peut être de rentrer d’où il a su partir.

Il le dira bientôt, de façon que chacun y entende ce qu’il veut.

Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 26 avril, 2012 |Commentaires fermés

Voter Loubear

« Et pourquoi donc Loubear s’il vous plaît ?
– Il est honnête homme. Cela changerait.
– Cela vous suffit-il ? Batavio ne l’est-il pas autant ?
– Sans doute, mais son parti, sinon les corruptions cultive les clientèles. La petite entreprise de Loubear est mieux tenue.
– Celles de Lambuche ou celle de Pénélotte le sont-elles moins ?
– De l’une, celui-là n’est que le prête-nom ; dans l’autre, hormis celle-ci, on joue aux cartes.
– Convenez que le programme de Loubear tient en quelques mots vagues.
– Raison de plus pour le distinguer. Vous parlez de mots vagues, j’y vois des lignes de conduite. Indiquer quatre priorités est gage de sérieux, en donner cent est feu de paille. C’est vertu de ne pas chiffrer des budgets sur le fond de ressources encore hypothétiques, mais de donner à entendre qu’on saura trancher.
– Selon l’opportunité du moment… Où vous voyez sagesse, il est permis de ne voir qu’opportunisme.
– Et je trouve opportun, moi, qu’on ne se lie pas les mains par dévotion aux idéologies du temps.
– Allons donc, celles de droite, celles de gauche ?
– Ce sont les mêmes : consumérisme, hygiénisme, victimisme, féminisme, autoritarisme, prohibitionnisme, que sais-je…
– Assez ! En croyez-vous Loubear indemne ?
– Moins piqué, cela suffit.
– Mais Pénélotte les récuse plus que lui !
– Elle entretient mieux que les autres la pire : la passion de désigner des coupables.
– Alors c’est dit ?
– C’est dit. Au premier tour on élimine. Au second, on choisira de se taire. »


Publié dans:Aile droite, Aile gauche, Chronique compendieuse |on 16 avril, 2012 |Commentaires fermés

Dix façons de parler

La langue maternelle ne les aide pas avec le même efficace, ou tous ne la servent pas bien.

Bien excusable est Grojylen, qui de la sienne ne peut user et du françois n’entend surtout que le tarabiscot du palais. La cause de la vertu durable en souffre, la répartie lui manque, on lui prête un esprit d’escalier.

Or elle ne parle pas plus mal que Boudrillon, qui passe pour grand orateur avec un solécisme par deux lignes. Non plus que Batavio, si soucieux d’être correct qu’il menace d’achopper toujours sur l’un de ses mots énucléés.

Le lapsus menace moins Loubear : c’est qu’ancien bègue, il s’est plus frotté à la langue d’un amour vrai, mais voilà que le silence l’aspire, s’il n’aspire au silence.

Sur un plateau, le gentil Toupou est le premier surpris de charmer l’auditoire. Une bonne peur l’y pousse : ni compères, ni commère, ni parti pour lui rien dicter, il est seul, il est libre. Et la pauvre Lorettte, qui veut plus tard dire la même chose que lui, fait au public l’effet d’une harangère.

On se distrait de l’érudition de Largentin. On le veut fou, il n’est que poli, parle de tout avec aisance, on lui reprocherait de n’être pas sot. Il prononce sur la finance, la physique, les planètes et le chant choral, sans mélanger les modes ni les temps, il faut bien qu’il soit fou, d’ailleurs il ne passe pas la rampe.

Il ne suffit pas non plus à Martin d’Ahan d’avoir mis la grammaire à son programme pour soulever les salles, et sa période se fait hésitante dans le lyrisme tentateur où il n’ose singer jusqu’au phrasé ternaire du Général.

Pénélotte, qui ne lui cède en rien par le goût des classiques, a plus d’art oratoire, un modulé qui sauve la raucité du timbre. Elle ne dépare pas dans la lice où fait la roue Lambuche, gonflé comme Artaban du don que ses ennemis et ses pires amis lui reconnaissent.

Qu’il se garde pourtant de trop réciter le missel d’un culte sans foi. Le style ne fait l’homme que pour l’homme d’avoir quelque chose de vrai à lui emprunter.

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