Holocauste

On la dirait d’abord candide, cette opinion publique, qui sans trop y gager cherche encore à se passionner pour la chose politique.

Quand vient le temps, elle envoie dans les assemblées autant de députés qui sinon par le sexe ne diffèrent qu’à peine pour le tempérament, brassent depuis cinquante ans les mêmes idées honnêtes, récitent les mêmes leçons apprises des mêmes maîtres, cèdent à l’occasion aux mêmes tentations des mêmes péculats, et que tenaille la même volonté de se tenir au plus près du peuple, ou comme ils disent de la vraie vie, dont ils parlent par là comme s’ils s’en exceptaient.

Entre deux de ces élections qui impriment à la morne rumeur de la cité une pulsation molle, en commentaires narquois sur les réseaux l’opinion se répand : elle y bouillonne, grenouille, interpelle, invective, confond, oublie.

Nous voilà au plus creux des cycles électifs et les gazettes trouvent à vendre du papier en simulant la prochaine grande joute. Qui l’achète ? Certains, vous, moi sinon. Qui le lit ? Tout le monde. L’opinion s’ennuie, elle adore.

Elle rêve aujourd’hui de se débarrasser de Batavio comme hier de Boudrillon dont il fut l’adversaire. Or le nom de son successeur l’intéresse autant qu’il en faut accoler un à un personnage pour ne pas s’emmêler dans le déroulement d’une pièce ; son élection n’est pas l’enjeu, moins encore son succès.

Compte seul d’immoler le régnant. Alors pardon ! voilà une autre affaire. Qu’on scrute bien l’élection du Prince : on n’y verra que sacrifice, répétition grimée de quelque rite cannibale. Elle n’est pas si candide, l’opinion de notre vieux pays, ou sauvage à proportion.

Publié dans : Observations |le 14 août, 2014 |Pas de Commentaires »

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