Linge

Le maire de *** s’est effrayé de culottes qui sèchent. D’un arrêté, il les refoule des balcons. Les voilà, toutes chemises et serviettes, vers l’intérieur des logis, où moisisent déjà le soir les jeunes esprits qu’un autre arrêté de sa main a consignés devant la télévision. Tant ce sont choses dégoutantes que linge qui pendouille et morveux par les rues.

J’ai fait mon devoir de maire de ***, dit-il – et dans son regard de tekel luit un éclat de fierté –, en libérant la rue de ces désordres et ces déballages privés.

Sans doute, Mouflard, et vous avez déjà un autre arrêté dans la manche : ces gens ne prennent-ils pas trop d’aise avec l’espace public, ont-ils un titre pour y déambuler ? Une concession dont ils se peuvent prévaloir ? La République vous éclaire de son vieux candélabre : la rue appartient à ceux qui détiennent une fonction publique.

Quelque blessure ancienne qu’il n’aura su panser sur un divan a conformé Mouflard. Une répugnance au dedans qui s’exhibe, la peur de se voir nu dans le négligé des autres, l’angoisse de l’intime, et la terreur de l’empire féminin, cet empire dont la marmaille égaillée et fugueuse étire les frontières et dont le linge frais lavé évoque d’autres chaleurs humides. Une terreur de maigre garçon, mal grandi, qui se défausse des malfaçons du monde dans le giron premier.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse |le 21 mai, 2014 |Commentaires fermés

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