Gadjo

 

Les propos de Samuelsmall, pleure une feuille du soir et s’éjouit une autre du matin, recueillent l’assentiment d’une large majorité de nos concitoyens ; et voilà un ministre qui règle plus que jamais son pas sur le fanal de Matignon. 

Une demi-sottise en prémisse et le cynisme en conclusion, il aura pourtant courroucé une majorité de l’électorat de Batavio, en ne reconnaissant qu’à une minorité de Romanichels le mérite de vouloir « s’insérer ». Mais il caressait le velours de sa manchette, lorsqu’il défia quiconque de lui montrer le contraire. Nul ne s’y est risqué, ni ne s’y risquera, parmi les chaisières du parti dévot, qui confessent la démocratie universelle, l’indignation en monodose, la vacuité du ciel et les soldes saisonniers, qui mènent grand tapage, invoquent le pacte républicain, et finissent par menacer de ne plus voter qu’au second tour pour Samuelsmall ou Batavio. Ne doutez donc pas que la concertation entre ces deux-là ait eu lieu, tout bénéfice pesé. 

Ni que les gouvernements roumain et bulgare ne se formaliseront que mollement de l’obstacle que Paris oppose à leur insertion dans le premier cercle du Vieux Monde. Le message passé par l’Intérieur épargne la délicatesse du Quai – une charge qu’Estradius n’aura pas à mener.

Oui, l’affaire est certaine, et nous avons autant de science que Samuelsmall pour vous la conter autrement. Si les Romanichels sont autre chose que ceux qui ne sont pas romanichels, qu’ils appellent gadjé et auxquels ils ne marient pas leurs filles, c’est qu’ils forment un peuple, voué à perdurer dans l’être autant que faire se peut et que s’y emploient les autres peuples pour eux-mêmes, quelque usage qu’ils aient de leurs filles. Et que tout fondé qu’il est à décompter les minorités des majorités, tel petit ministre savantasse n’ignore pas non plus que ce peuple se distingue des autres, autant que par ses déambulations, en ceci qu’il est le seul d’Europe à être dépourvu de droits politiques, tant l’Europe ne connaît de peuples que sur un lit de Procuste dont les deux dimensions sont l’Etat et le territoire. 

Ah, ministre matois : « Ces citoyens bulgares et roumains… » Ouais ! Tu sais bien ce disant que tu ne mens qu’à moitié, puisqu’ils ne sont là-bas que demi-citoyens, et pour la raison qu’on a dite qu’ils n’y demandent pas beaucoup plus qu’ici à l’être davantage.

Ce n’est pas vrai, m’a expliqué un jour une vieille au front marqué d’un point qui disait la bonne aventure, ce n’est pas vrai que ce mot de gadjo soit chargé de mépris.

Ne ferait-il pas bien parfois de l’être ?

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse, Observations |le 28 septembre, 2013 |Commentaires fermés

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