Entrez donc…

… et tâchez d’enjamber les deux panneaux de réclame là dessous (ou posez-y vous, ils ne font point de mal).

 

Entrez donc… nayezpaspeur

 

Publié dans : Chronique compendieuse | le 10 mai, 2009 |Pas de Commentaires »

Ambitions nouvelles

Que me dites-vous, Pélisse ? Si depuis la fin d’avril vous n’avez plus consulté votre courrier, je le conçois ; et l’eussiez-vous fait, mon message vous aurait-il arraché plus qu’un regard ? Vraiment, je suis bien heureux de vous entendre.

Mais vous me dites que nous avons un nouveau président, et qu’il est cause de la négligence où vous m’avez tenu. En quoi l’apothéose de Batavio entre-t-elle dans nos affaires ? Vous êtes élue de la région ; me voudriez-vous dire plutôt que Peluchon, qui y régnait, a chu de son perchoir ?

Du tout. C’est bien de Batavio dont vous me parlez comme si j’avais passé trois mois dans une grotte. Et comme je m’en vais croire qu’un certain désordre mêlé à l’enthousiasme vous aura fait oublier de vous commettre ainsi que vous vous y étiez engagée, vous avez tôt fait de m’éclairer : pour nous, c’est la vie, me dites-vous du nouveau prince, et c’est joliment dire que du remue-ménage qui suit son avènement vous attendez quelque chose, une investiture, une place dans un cabinet.

Que ne vous défaites-vous déjà, Pélisse, de ce fauteuil, si vous en convoitez un autre ? Vous seriez bien indemne des fâcheux et des solliciteurs qui vous poursuivent en s’autorisant de votre mandat. Quittez-le donc, la République n’attend que vous. Quittez-le, et je vous promets de déchirer votre carte.

Publié dans : Aile gauche, Chronique compendieuse | le 19 mai, 2012 |Pas de Commentaires »

Du mot de liberté

Et je vous dis qu’ils sont jumeaux, tant bien qu’ils s’entretuent, à négliger pareillement le bien le plus précieux ! Quoi, en trois heures de joute, le mot de liberté aura franchi trois fois leurs lèvres ? Faut-il qu’il les écorche…

Car la première fois est clause de style, quand Boudrillon formule le vœu qu’au terme du duel, comme si nul eût douté qu’il en pût aller autrement, les Français en liberté choisissent.

Remercions le prince, et passons. Voilà la deuxième, pour lui seconde : c’est de se louer qu’une loi de police a dissuadé trois cents mahométanes de se dire libres d’être serves en s’enveloppant dans un rideau.

De la prohibition qui émancipe, Batavio ne rit ni ne lui fait querelle. Il n’a pas plus d’usage du mot, ni de sa poussière, pourtant le prononce à son tour. Il le faut croire : le mot était dans ses desseins. Ah ! traitera-t-on d’opinion, d’établissement, de mœurs ?

Nenni : aux édiles, aux échevins et aux jurats, Batavio promet que l’Etat donnera de nouvelles libertés.

C’est bien ainsi, et les particuliers s’accommoderont de celles qu’on leur laisse.

Un conseiller et sa retraite

Confie-t-on à Soubuse qu’il pleut que déjà l’on se sent conspirer.

Soubuse sait tout et ne dit rien, sinon qu’il sait et laisse dire. La voix est douce, le propos circonspect, comme il sied aux hommes qu’une seule passion habite, qu’ils ne livrent pas à l’encan.

De ce scribe que l’encre rebute, la conversation a moins d’éclat qu’une liste de courses, mais rien n’y figure qui ne soit à sa place. Le pouvoir en fait tout l’ornement. On tend l’oreille pour l’entendre, on est saisi de l’aperçu, ainsi que maints puissants à droite l’ont été, dont il aura après accommodé le pas. Il les connaît de longue main, quelquefois même inspire les secrets qu’ils lui cèlent, si que sans rien écrire il a repu bien des gazettes des fruits de son carnet d’adresses comme de son adresse au cornet.

Voilà un lustre, le triomphe de Soubuse se confondait avec celui de Boudrillon, et avec le pari de risquer deux millions de suffrages du centre pour en capter un million à la plus destre droite.
Le coup cette fois est perdant. Vers la gauche le marais s’épanche, et la rive opposée s’est corrigée du tour que lui avait joué le conseiller mûri sous son couvert.

Soubuse n’en a cure, pas plus que des brocards de Pénélotte. Il médite déjà d’écrire que le conseiller et son prince ont joué pour l’honneur. Passe la passion. Et puis sa pelote a roulé, il est temps d’en toucher la rente. Les jours sont loin où il courait le publireportage place Vendôme. A la composition de ses Mémoires, il a bien mérité d’adjoindre quelque nègre.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 28 avril, 2012 |Pas de Commentaires »

Perdre à droite, ou ne rien gagner à gauche ?

Entre un motif redoublé de goûter au fruit de l’amertume et l’assurance de tâter de l’ingratitude pour un secours à peine utile à la victoire, Loubear a balancé, mais il a choisi. Le moindre désagrément ne peut être de rentrer d’où il a su partir.

Il le dira bientôt, de façon que chacun y entende ce qu’il veut.

Voter Loubear

« Et pourquoi donc Loubear s’il vous plaît ?
– Il est honnête homme. Cela changerait.
– Cela vous suffit-il ? Batavio ne l’est-il pas autant ?
– Sans doute, mais son parti, sinon les corruptions cultive les clientèles. La petite entreprise de Loubear est mieux tenue.
– Celles de Lambuche ou celle de Pénélotte le sont-elles moins ?
– De l’une, celui-là n’est que le prête-nom ; dans l’autre, hormis celle-ci, on joue aux cartes.
– Convenez que le programme de Loubear tient en quelques mots vagues.
– Raison de plus pour le distinguer. Vous parlez de mots vagues, j’y vois des lignes de conduite. Indiquer quatre priorités est gage de sérieux, en donner cent est feu de paille. C’est vertu de ne pas chiffrer des budgets sur le fond de ressources encore hypothétiques, mais de donner à entendre qu’on saura trancher.
– Selon l’opportunité du moment… Où vous voyez sagesse, il est permis de ne voir qu’opportunisme.
– Et je trouve opportun, moi, qu’on ne se lie pas les mains par dévotion aux idéologies du temps.
– Allons donc, celles de droite, celles de gauche ?
– Ce sont les mêmes : consumérisme, hygiénisme, victimisme, féminisme, autoritarisme, prohibitionnisme, que sais-je…
– Assez ! En croyez-vous Loubear indemne ?
– Moins piqué, cela suffit.
– Mais Pénélotte les récuse plus que lui !
– Elle entretient mieux que les autres la pire : la passion de désigner des coupables.
– Alors c’est dit ?
– C’est dit. Au premier tour on élimine. Au second, on choisira de se taire. »


Dix façons de parler

La langue maternelle ne les aide pas avec le même efficace, ou tous ne la servent pas bien.

Bien excusable est Grojylen, qui de la sienne ne peut user et du françois n’entend surtout que le tarabiscot du palais. La cause de la vertu durable en souffre, la répartie lui manque, on lui prête un esprit d’escalier.

Or elle ne parle pas plus mal que Boudrillon, qui passe pour grand orateur avec un solécisme par deux lignes. Non plus que Batavio, si soucieux d’être correct qu’il menace d’achopper toujours sur l’un de ses mots énucléés.

Le lapsus menace moins Loubear : c’est qu’ancien bègue, il s’est plus frotté à la langue d’un amour vrai, mais voilà que le silence l’aspire, s’il n’aspire au silence.

Sur un plateau, le gentil Toupou est le premier surpris de charmer l’auditoire. Une bonne peur l’y pousse : ni compères, ni commère, ni parti pour lui rien dicter, il est seul, il est libre. Et la pauvre Lorettte, qui veut plus tard dire la même chose que lui, fait au public l’effet d’une harangère.

On se distrait de l’érudition de Largentin. On le veut fou, il n’est que poli, parle de tout avec aisance, on lui reprocherait de n’être pas sot. Il prononce sur la finance, la physique, les planètes et le chant choral, sans mélanger les modes ni les temps, il faut bien qu’il soit fou, d’ailleurs il ne passe pas la rampe.

Il ne suffit pas non plus à Martin d’Ahan d’avoir mis la grammaire à son programme pour soulever les salles, et sa période se fait hésitante dans le lyrisme tentateur où il n’ose singer jusqu’au phrasé ternaire du Général.

Pénélotte, qui ne lui cède en rien par le goût des classiques, a plus d’art oratoire, un modulé qui sauve la raucité du timbre. Elle ne dépare pas dans la lice où fait la roue Lambuche, gonflé comme Artaban du don que ses ennemis et ses pires amis lui reconnaissent.

Qu’il se garde pourtant de trop réciter le missel d’un culte sans foi. Le style ne fait l’homme que pour l’homme d’avoir quelque chose de vrai à lui emprunter.

Histoire de bains

Que l’âge ou le physique justifiassent que des baigneuses aient le souci de se soustraire au regard des hommes, voilà bien une idée dont Loubear eût juré de l’innocence.

Las ! Devant le parterre de précieuses où il s’était aventuré, son mot ne fut pas prononcé qu’il devint une affaire, et la presse dévote l’accable pour une faute dont la nature n’a paru tout entière à personne.

Au fond de lui, il voudrait rire de cette présomption que le Sexe nourrit de se croire toujours observé, mais il sent trop que le moment n’est pas à faire de l’esprit.

Il est en campagne, au fait, sa troisième, qui s’envase plus qu’elle ne prend les eaux. La risée du gynécée l’aura enfoncée davantage. Il n’y croit plus depuis beau temps.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 7 avril, 2012 |Pas de Commentaires »

Tics

En liminaire, une saccade plisse une joue, une épaule saute, la bouche s’arrondit sur un silence, une main s’agite et oublie l’autre…  De ses tics, on ne sait trop s’il faut le louer d’avoir tant de fois vaincu sur l’estrade en dépit d’eux, ou s’il leur doit davantage qu’il n’aurait de motif à les incriminer.

Mais l’y voilà. La période est lancée, sophisme calibré, vil amalgame ou drame habile, citation tronquée, nombre truqué.

Lorsqu’il ment, le débit s’accélère. Le Boudrillon maîtrise peu sa vitesse. Comme s’il semblait qu’il crût que tout art de parler tient à l’allure que l’orateur, naute pressé, imprime à l’enchaînement entre deux périodes, et qu’un coup de rame plus vif dans l’épais du cloaque vers une rive claire lavera son esquif de la salissure.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 25 mars, 2012 |Pas de Commentaires »

Mam’zelle ta race !

C’étaient là des mots par trop répugnants, il urgeait de les bannir.

Par les soins sourcilleux de Coquillon, l’administration donnera de la dame aux collégiennes, et du souci oigneux de Batavio, la république sera soulagée d’une distinction à blâmer.

Les faibles devant les choses font aux mots des offenses de mirliflores.

2012 (suite)

Le voici, qui s’essaie depuis dix jours à de nouveaux visages. Le Boudrillon y est donc allé. Quelle truquerie lui fit-elle croire au regain de sa popularité, il y en aura sans doute plus d’une. Or voici la première.

Il a suscité quelques dissidents pour s’en faire des ralliés. D’abord Christère, qui eut la foi de ne rien jurer, puis Romarin, qui espérait surtout qu’on se souvînt qu’il avait tenu un portefeuille, enfin Kourvanous, qui voulait aérer son fusil. Les voilà rentrés à la mangeoire, et leur maître de gagner deux points.

Pas plus qu’il y a cinq ans les suivants ne se devraient payer de ces numéros de farce.

Publié dans : Aile droite, Chronique compendieuse | le 24 février, 2012 |Pas de Commentaires »